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Tonie Marshall : «La télévision est indécise et trop frileuse»

Appelez-la Tonic Marshall ! Dès 9 heures dans son bureau des films Tabotabo, quartier Bastille, au 4e sans ascenseur qu’elle grimpe et dévale plusieurs fois par jour, la réalisatrice césarisée de «Vénus Beauté (institut)» et du récent «Tu veux ou tu veux pas» avec le couple Marceau-Bruel (1 million d’entrées) se prépare à venir présider un jury à Luchon… «Quel temps fait-il là-bas, je ne suis jamais allée dans les Pyrénées ?», demande-t-elle en doudoune de bureau, le regard gris-bleu strié d’une frange d’un blanc de neige.

Vous présiderez à partir de lundi le jury documentaire du festival de Luchon, quel style de présidente serez-vous ?

Je n’en sais rien, c’est la première fois, je ne me vois pas en mode dictateur, plutôt en avocate passionnée. Le but, c’est d’être dans une bonne petite bande à partager le plaisir de voir des films.

Comme réalisatrice, quelle expérience avez-vous du documentaire ?

J’en ai tournés deux, un sur Jean-Paul Gaultier autour du film «Falbalas» qui l’avait marqué quand il était un tout jeune gars de la banlieue, et dans lequel jouait ma mère (Micheline Presle, ndlr) et un autre sur le gala de l’Union, qui était un événement d’un prestige incroyable où des acteurs faisaient un numéro de cirque. Je me souviens de ce qu’Anny Duperey m’avait dit , sur ce moment d’ivresse où pour la beauté du geste, sur son trapèze, elle avait failli aller trop loin.

Où situez-vous la différence entre film de fiction et documentaire ?

C’est une démarche différente parce qu’on vit au rythme de ce qui se passe et qu’on chope des acteurs qu’on ne dirige pas, mais ce n’est pas pour autant du reportage puisqu’on filme de notre point de vue.Le documentaire est une proposition, ça reste une œuvre, pas seulement un témoignage. Et la particularité du documentaire, s’il est bien réalisé, est qu’il n’abîme pas les gens. Au contraire de la téléréalité, tellement pathétique et dangereuse pour les gens qui y participent… On ne peut pas impunément montrer son cul à la télévision sans avoir un violent retour de bâton.

Luchon accueille un festival de télévision. Comment la jugez-vous aujourd’hui ?

Je la trouve indécise, et frileuse sur la fiction, on manque de séries d’auteurs, on va en trouver quatre ou cinq, «Engrenages», «Fais pas ci, fais pas ça», etc. mais on va s’arrêter là. La France de manière générale est un peu frileuse sur beaucoup de choses, elle a peut-être la fiction qui lui ressemble. Moi je m’intéresse à la série parce qu’il y a beaucoup de personnages.

Ce n’est pas la télé des Saintes Chéries, feuilleton des années 60 avec Micheline Presle et Daniel Gélin ?

C’était une très bonne série, du 26 minutes de comédie qui n’existe plus en France, filmée en décor naturel, ce qui était tout à fait nouveau à l’époque. Je me souviens d’ Etienne Becker, le réalisateur, ratatiné dans la voiture pour filmer ma mère en train de conduire au milieu des gens. C’était presque des trucs de la nouvelle vague . Et savez-vous qui était l’assistant ? Jean-Jacques Beineix ! J’ai dû faire un passage dans un épisode, mais sans suite, j’avais 15 ans, j’essayais surtout de grandir et ce n’était pas facile.

La télévision, c’est aussi le passage des films, et «Venus Beauté» a toujours autant de succès : on ne zappe pas quand il est rediffusé…

Oui, c’est un film auquel les gens sont attachés, alors qu’à l’époque personne n’en voulait, on me disait «c’est quoi ce film de vieilles peaux dans un institut ?». Finalement, on l’a fait au bout de quatre ans dans des conditions précaires : j’ai réussi à imposer Nathalie Baye, parce que j’avais écrit le film pour elle, et on a trouvé une Caisse d’Epargne en travaux dans Paris où on a monté un décor d’institut… On avait dit au cafetier d’à côté de ne pas regarder la caméra en passant, parce qu’on n’avait pas de quoi payer des figurants. Et tout d’un coup, ça marche, le film se fait, il sort, on a les césars…

Vous y avez révélé Audrey Tautou ?

Oui, je crois que c’est son premier film, elle était la deuxième aux essais, tout de suite j’ai su que c’était elle, fragile mais qui avance. Le plaisir quand j’écris un film, c’est d’imaginer le casting. Je fais du cinéma parce qu’il y a des acteurs, Nathalie Baye, Anémone, Karin Viard, François Cluzet, Samuel le Bihan… Et des seconds rôles ! Ceux-là, ils arrivent à 9h du matin pour tourner leur scène, à midi c’est fini, et c’est ces quelques images qui vous resteront en mémoire. J’ai une admiration sans borne pour ces acteurs-là.


Festival des créations TV de Luchon

Présidé par Serge Moati, la 17e édition du festival des créations télévisuelles de Luchon se déroulera du 4 au 8 février. Des projections en avant-première, des rencontres-débats, des tables rondes, des rendez-vous de travail, des masterclass, des séances de dédicaces… vont rythmer ces cinq jours.

Près de 40 films seront en compétition dans les domaines de la fiction, documentaires, Web Séries, sélection espagnole.

L’acteur Pascale Légitimus sera présent à Luchon pour animer une conférence grand public sur le thème : «La conception d’une série : comment ça marche?» Et pour les chasseurs d’autographes, sachez qu’il y aura aussi : Victoria April, Bernard Campan, Charlotte de Turckheim, Virginie Lemoine, Nicolas Cazalé, Anne Charier…

Festival de Luchon du 4 au 8 février, www.festivaldeluchon.tv

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