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So long, Camille…

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La mort d’une journaliste que l’on a connue est toujours une douleur cruelle, comme un bout de sa propre chair qui serait arraché. La mort d’une jeune journaliste est encore plus douloureuse : c’est la souffrance de voir enlevé une personne qui avait la vie devant soi. Une vie de découvertes, de reportages, de camaraderie, d’engagements et d’amours… La mort d’une jeune journaliste talentueuse est une injustice : de quel droit nous prive-t-on de son regard, de ses mots, de son intelligence ?

 

Camille Lepage, qui a été retrouvée assassinée mardi 13 mai dans l’Ouest de la Centrafrique, était tout cela, et bien plus encore : elle était vive, souriante, enjouée et elle était devenue, au fil des mois de crises et de guerre dans ce pays, l’une des meilleures sur ce terrain particulièrement complexe. De savoir qu’à 26 ans, elle ne prendra plus de photo, me remplit de tristesse.

 

J’avais rencontré Camille dans les derniers jours d’octobre 2013 à Bangui, alors que la Centrafrique était au bord de l’explosion, mais n’avait pas encore basculé dans la violence et les pogroms. C’était une rencontre comme il en arrive tant sur ce genre de terrain : à la fois impromptue et organisée. Un ami photographe, vétérans des zones de guerre, Eric Bouvet, m’avait parlé d’elle en des termes élogieux en me recommandant de l’aider si je la croisais. Et, deux jours plus tard, je me retrouvais à dîner avec elle en compagnie d’un autre ami, Frédéric Gerschel, reporter au Parisien, avec qui elle travaillait. Nous avions soupé Chez Freddy, le genre d’endroit improbable que l’on ne trouve que dans les anciens comptoirs coloniaux : patron français vivant en Afrique depuis des lustres, nourriture délicieuse, rasades de bières, et digestif offert en fin de repas. Et, comme toujours dans ce type de rencontre, nous avions parlé du pays qui nous entourait et que l’on essayait de comprendre au mieux dans le temps qui nous était imparti, échangeant infos, tuyaux, contacts… Nous avions failli partir ensemble dans la brousse, et puis finalement non, j’étais parti à l’Ouest alors que Camille et Frédéric partaient vers le Nord.

 

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