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Radio Primitive au bord du gouffre financier

RADIO clandestine née en 1981, Radio Manie-Vesle, devenue ensuite 93 Fm puis Reims Fm et aujourd’hui Radio Primitive va mal. Très mal. Au point que cette radio associative, qui se fait un honneur de ne pas vivre de publicité, mène une campagne toute la semaine à l’Appart café pour se raconter, s’expliquer, recruter et se faire un peu de blé, le nerf de la guerre. Entretien avec Elsa Cuisance, enseignante de profession et présidente de cette radio locale.

Trente émissions par semaine

Que représente aujourd’hui Radio Primitive ?
ELSA CUISANCE : « Gérée par des bénévoles, Radio Primitive fonctionne 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Elle compte plusieurs milliers d’auditeurs (NDR : faute d’argent, la station ne peut pas réaliser de sondage Médiamétrie). La radio, c’est aussi 130 000 € de fonctionnement par an, zéro centime de publicité, cinq salariés dont trois à plein-temps et deux emplois aidés, une centaine d’adhérents, trente émissions différentes par semaine réalisées la semaine par les salariés et le week-end par une soixantaine de bénévoles réguliers. »
Pourquoi votre radio est-elle menacée ?
E.C. : « Nous sommes victimes d’une double crise. Radio Primitive, radio associative de découverte musicale, est concurrencée par internet. Aujourd’hui, les jeunes, qui zappent déjà beaucoup sur les ondes, vont de plus en plus sur internet et notamment Deezer sur lequel ils composent leur sélection thématique et s’échangent des fichiers avec les copains. Pour eux, ils ont l’impression que la radio n’est plus un média de découverte, que la radio, c’est dépassé. En fait, ils ont accès à une écoute finalement très formatée.

Très cher internet
REIMS (Marne). Concurrencée par internet, victime d’un désengagement des bénévoles, la première radio libre de Reims, Radio Primitive, lutte pour sa survie. Explications.

Autre point donnant lieu à des problèmes de structures : la difficulté pour nous de diffuser via internet (NDR : il en coûte au moins 10 000 euros et pour entrer demain dans la cour des radios numériques, il faudra là au moins 60 000 € de matériel, plus de l’argent pour payer au titre de la diffusion).
Deuxième gros problème : Radio Primitive doit faire face à un désengagement des bénévoles. On a du mal à renouveler les animateurs bénévoles, à avoir des gens qui s’impliquent dans la vie de la radio et ses tâches contraignantes. »

De l’argent frais

Et vos problèmes financiers ?
E.C. : « Nous avons renouvelé avec la Ville une convention de projet signée en 2005 avec Mario Rossi pour le même montant : 16 500 € par an auxquels s’ajoutent 3 000 € de fonctionnement. On a du mal à intéresser des partenaires car notre zone de couverture, environ un rayon de 30 km, n’est pas assez importante pour eux. Et comme on ne tient pas du tout à vivre de la publicité, nous avons bien des difficultés. En fait, notre station n’est pas assez grosse, ni trop petite, pour vivre sans problème. De plus, il y a une concurrence idiote entre les radios, parfois, qui ne sont même pas sur les mêmes créneaux. Sur le court terme, nous allons revendre près de 3 000 vinyles cette semaine pour avoir de l’argent frais (lire par ailleurs). »
La solution, alors ?
E.C. : « Il faudrait que nos partenaires prennent peut-être plus conscience de l’importance d’une radio comme la nôtre. Quant à notre salut, il passe, nous l’espérons, par un nouveau projet dans lequel nous serons un média associatif local lié à Internet, mais pas seulement.
Sur les murs de Radio Primitive chacun y a été de sa petite phrase. Nous avons aimé celle d’André Gide : « Le monde, s’il peut être sauvé, le sera par des insoumis. »

Propos recueillis par Alain MOYAT

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