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Numérique : investir aujourd’hui pour la croissance de demain par Michel Boyon

csaIntervention de Michel Boyon, président du CSA à Paris.
La révolution numérique n’affecte pas seulement la manière dont la radio est écoutée ou la télévision regardée. Elle entraîne de profonds bouleversements pour les contenus audiovisuels : elle accélère la transmission des contenus ; elle leur ouvre la perspective de l’universalité ; elle permet leur malléabilité.


La révolution numérique oblige donc à repenser la valorisation de notre patrimoine audiovisuel et la création de contenus par nos industries culturelles. C’est l’objet du séminaire organisé à l’initiative de Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.

csaN’oublions pas une chose : les nouveaux usages ne sont pas que favorables à la création. Bien sûr, ils posent l’éternel problème de la rémunération des droits des créateurs ; l’innovation technologique est une contrainte pour les producteurs et les oblige à s’adapter sans cesse ; et, malgré la multiplication des réseaux, il faut être conscient du danger d’une certaine uniformisation des contenus.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a un « petit » rôle à jouer dans tout cela. Sa philosophie est de donner leur chance aux nouvelles technologies et aux nouveaux entrants. Si cela ne marche pas, tant pis, mais si nous donnons la chance, c’est parce que nous y croyons.

Il y a trois grands défis, et au regard de chacun de ces défis, je voudrais faire trois propositions.

Le premier de ces défis, celui auquel les pouvoirs publics concourent depuis quelques années, est d’empêcher l’apparition de toute fracture numérique audiovisuelle. C’est la réponse à l’une des deux interrogations qui font l’objet du présent séminaire. Pour la TNT, la loi le prévoit, et je vous rappelle que le Premier ministre a décidé, au mois de juillet dernier, de dégager des moyens financiers supplémentaires pour permettre au plus grand nombre de Français, notamment à ceux qui sont les plus démunis, de bénéficier de l’accès à la télévision numérique terrestre.

michel boyon csaMais ne parlons plus de la TNT qui est quelque chose de bien connue maintenant ; parlons plutôt de l’une de ses filles, la télévision mobile personnelle (TMP), parce que la TMP est la fille de la TNT. La TNT permet aussi la haute définition par voie terrestre, et la TNT permet l’apparition dans notre pays de télévisions locales.

Or, la quasi-totalité des investissements liés à la TNT sont des investissements privés, et ce sont des investissements lourds.

La proposition en réponse à ce défi, qui rejoint celle que le ministre vient de vous exposer, c’est qu’une part des fonds qui vont être recueillis par le grand emprunt national soit affectée au financement des réseaux de télévision mobile personnelle, mais aussi, nous ne l’oublions pas, de la radio numérique terrestre (RNT), accompagnée d’ailleurs, le cas échéant – et c’est l’un des thèmes sur lesquels Marc TESSIER réfléchit aujourd’hui -, d’une aide à la numérisation des chaînes, notamment des radios associatives et des radios commerciales indépendantes, qui sont confrontées à des difficultés pour le passage au numérique.

Pourquoi le grand emprunt ? Parce qu’il s’agit d’investissement, et, on ne le répétera jamais assez, que la communication audiovisuelle aujourd’hui dans notre pays stimule l’économie et crée des emplois.

Le deuxième défi est le soutien à la création de contenus numériques innovants.

La rapidité de l’innovation technologique exige une adaptation des producteurs de contenus. Le ministre indiquait tout à l’heure que la haute définition nécessitait des investissements très lourds. Ce ne sont pas seulement des investissements techniques, ce sont aussi d’autres décors, d’autres costumes, parce que l’on ne peut pas tourner en haute définition comme l’on tourne en définition simple.

Or, produire en haute définition devient une nécessité. Cela sera une nécessité pour toutes les chaînes de télévision et dans un délai très rapide. Il se trouve que la France a une certaine avance dans ce domaine. Profitons de notre avance ; là aussi, c’est un investissement qui crée de l’emploi.

Je ne parle pas encore de la 3D, on aura l’occasion d’en parler pendant quelques années, peut-être pendant des années et des années… Mais il est impératif que la production et la filière technique françaises commencent à réfléchir à l’investissement dans la 3D ; certaines entreprises l’ont d’ailleurs déjà fait. Cela peut concerner en premier notre secteur d’animation : vous savez que la France est tout à fait en pointe dans ce domaine, et l’animation est ce qui s’exporte le mieux parmi les oeuvres audiovisuelles françaises.

Egalement, d’autres nouveautés imposent des changements dans les formats, dans l’écriture des oeuvres ; par exemple, la mobilité, la télévision mobile personnelle, va entraîner des changements dans l’écriture, notamment de formats courts.

La proposition que je fais face à ce deuxième défi est de recentrer, progressivement mais pas trop lentement tout de même, le soutien à la production sur des contenus qui soient innovants au regard des perspectives offertes par la révolution numérique.

Il faut aussi poursuivre l’expérience du « Pôle images et réseaux » qui associe des ingénieurs et des créateurs, pour garantir que les contenus seront en phase avec les innovations, mais pour garantir aussi que la technique sera adaptée aux nécessités de la création.

Le troisième objectif est la valorisation des contenus audiovisuels dans l’ère numérique.

La valorisation passe par la numérisation. C’est le travail que fait l’Institut national de l’audiovisuel (INA) ; le ministre a salué à très juste titre tout ce qui a été fait ces dernières années par l’INA. C’est aussi un travail auquel se consacre la Cinémathèque française avec la restitution de films en format numérique. Grâce à la numérisation, nous allons pouvoir donner dans l’univers dématérialisé une forte impulsion à la conservation et à l’accessibilité.

On a parlé d’une bibliothèque des oeuvres audiovisuelles et cinématographiques. Dans un premier temps, je pense que, pour ce qui est de la partie audiovisuelle qui me concerne plus directement, elle doit privilégier le patrimonial, les oeuvres patrimoniales. Mais à l’inverse, je crois qu’il faut l’ouvrir à l’ensemble des oeuvres francophones, et ne pas le faire simplement pour les oeuvres audiovisuelles patrimoniales françaises.

La matière existe, nous avons les fonds d’archives ; le savoir-faire existe : il existe à l’INA, il existe à la Cinémathèque. Mais, à mes yeux, cette bibliothèque ne doit pas être qu’une bibliothèque : elle est déjà plus qu’un dépôt d’archives, il faudrait qu’elle soit aussi une librairie. En quelque sorte un distributeur, qui naturellement ne concurrence pas de manière inéquitable les distributeurs naturels, mais une librairie qui ne se contenterait pas d’accumuler, une librairie qui sélectionnerait, qui hiérarchiserait, qui ferait des promotions, au nom de l’expression culturelle française, à l’intention des professionnels, notamment des chaînes françaises ou mêmes étrangères.

Il est faux de dire que la perspective de croissance de l’économie numérique s’incarnerait principalement dans le développement de réseaux de communication. C’est une double erreur. D’abord, parce que les réseaux n’existent que parce qu’il y a des contenus, et les réseaux ont besoin de contenus pour être alimentés. Mais c’est une erreur aussi parce qu’en définitive, ce sont les contenus qui sont les vrais créateurs de richesses, de richesses sociales, de richesses culturelles et de richesses économiques.

J’ai constamment vécu avec l’idée que le pouvoir de l’esprit serait toujours plus fort que le pouvoir de la technologie. Le jeudi 10 septembre 2009.


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