«Un-deux, un-deux, un-deux. Super, on est… on est à l’antenne. Eh bien bonjour à tous, nous sommes de nouveau en direct de la place de la République.» Depuis mercredi, la Radio debout émet sur Internet.

L’installation est simple : une table, quatre chaises, trois micros, une console de mixage, deux ordinateurs et une clé 4G. Le matériel vient des placards de chacun. «C’est radio souplesse, lance l’un d’eux, on s’en fout d’être à la bourre et on émet avec très peu de moyens.» Pour l’instant, ils sont une dizaine à s’en occuper, tous proches de la radio dans leur vie professionnelle ou sur leur temps libre. Comme beaucoup à République, ils se font tous appeler Camille et refusent que leur visage soit pris en photo. «On travaille dans les médias, on n’a pas forcément envie que nos employeurs nous voient ici», explique un producteur, la quarantaine.

«On nous a même proposé une pige»

Une grille des programmes prévue pour six heures de direct est posée sur la table. Sont annoncés : les responsables des commissions action et économie, une personne de l’infirmerie et des allers-retours en fil rouge avec l’assemblée générale en cours. «L’idée, c’est d’être la radio de la place et du mouvement», résume un producteur. Elle est née en un jour, assurent-ils, mais s’appuie sur un réseau de connaissances constitué lors de la grève à Radio France, l’année précédente. Depuis la première émission, ils ont été contactés par des journalistes et techniciens d’Europe 1, RTL et Radio Nova qui souhaitent participer au nouveau média. «On nous a même proposé une pige, rigole le même producteur,on a répondu par un smiley.» «Je suis venu lors de la première nuit du mouvement sans idée précise. J’ai demandé aux personnes présentes ce qui les poussait à se rassembler là, quel était leur point de rupture : la loi travail, l’état d’urgence, la déchéance de nationalité… », raconte une productrice de 30 ans qui travaille à Radio France. «Depuis, je suis revenue tous les soirs en sortant du boulot», poursuit-elle. Ses pastilles sonores ont été diffusées la veille sur Radio debout.

«On est bien le 38 mars ?»

Juste à côté d’eux, s’agitent cinq autres personnes. Ils découpent au cutter huit lettres dans un bout de carton : «TV Debout». «C’est le même principe qu’à côté, un média fait de bric et de broc, diffusé sur Internet, mais avec de l’image», explique une journaliste qui travaille dans l’audiovisuel. Le studio est composé d’un canapé blanc délavé et d’une table où sont posés deux néons qui font office d’éclairage. «On est bien le 38 mars ?» demande le présentateur «cobaye» du soir, avant le premier direct. «C’est un véritable pôle média ici», commente quelqu’un en passant. «TV Debout va être la grande sœur de Radio debout», s’emporte un technicien. «Ils sont branchés sur notre multiprise, répond quelqu’un de la radio en rigolant, on garde le contrôle.» Au stand de Radio debout, un technicien se pose la question d’émettre sur une fréquence hertzienne : «C’est aussi simple que le reste mais faut s’attendre à ce que la police débarque, ce serait dommage après seulement deux jours d’antenne.» Peut-être que la place de la République hébergera bientôt une radio pirate. Pour l’instant, l’émission restera diffusée sur Internet.