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Notre Mahomet, c’est un bonhomme qui pleure avant toute chose

Ce ne sont finalement pas huit, mais seize pages qui attendent les lecteurs du prochain numéro de Charlie Hebdo, disponible en kiosque mercredi. «Ce numéro est sorti dans la douleur. Nous sommes heureux d’y être arrivé», a souligné le rédacteur en chef Gérard Biard lors d’une conférence de presse – la première pour l’équipe depuis le drame du 7 janvier. «La une a été compliquée à trouver. Elle devait dire quelque chose de nous, mais aussi des événements.»

Ce Mahomet en pleurs, brandissant une pancarte «Je suis Charlie» surmontée d’un «Tout est pardonné», a fait le tour du monde. Très ému, son créateur, le dessinateur Luz, a tenu a en expliquer la genèse. «En toute sincérité, je ne savais pas quoi dessiner. Jeudi soir, j’ai fait un premier dessin qui m’a servi de catharsis». Mercredi, peu après la tuerie ayant emporté douze personnes dans les locaux de Charlie Hebdo, «j’ai vu par terre des culs que je connaissais. Les culs de mes copains. Ça aurait pu être les nôtres, ça aurait pu être les vôtres. Ça m’a obsédé.» Luz a écrit «Liberté d’expression», «puis j’ai ajouté une main, avec un doigt rouge de sang, qui ajoutait ‘Mon cul’. C’est ce que j’ai pensé, c’est ce que j’ai vu.»

«Mon Mahomet, mon petit personnage qui nous a valu des locaux brûlés»

Mais le dessinateur savait que cela ne serait pas la une du prochain numéro. «Je me suis fait une conférence de rédaction dans ma tête, avec ceux qui sont partis. Il fallait un dessin qui nous fasse marrer, sans charge émotionnelle.» Luz est parti du slogan «Je suis Charlie», répété dans le monde entier. «J’ai ensuite eu l’idée de dessiner mon Mahomet, mon petit personnage qui nous a valu des locaux brûlés et d’être traités d’irresponsables et de provocateurs.» Le dessinateur a ensuite ajouté «Tout est pardonné». «J’ai pleuré. On avait notre une.» «Lorsqu’il nous l’a présenté, on a éclaté de rire et on s’est pris dans les bras», rebondit Gérard Biard. «Ce n’est peut-être pas la une que le monde voulait. Ce n’est pas la une que les terroristes voulaient. Notre Mahomet, c’est un bonhomme qui pleure avant toute chose», précise Luz. «Notre Mahomet, il est tellement plus sympathique que celui brandi par ceux qui ont tiré!», ajoute le rédacteur en chef.

L’équipe l’assure, l’aventure Charlie Hebdo n’est pas terminée. Le prochain numéro est déjà programmé pour le 28 janvier. «Ce que j’aimerais, c’est que l’esprit de Charlie Hebdo persiste, et pas que dans le journal. Vous pouvez l’exprimer dans des dessins, dans des journaux, dans des papiers…», insiste Luz. «Allez dans les kiosques, achetez Charlie Hebdo, mais prenez aussi un autre journal. Si on peut faire vivre les kiosques, le papier, les idées, partout dans le monde, alors on aura vraiment gagné.»

Un numéro traduit dans cinq langues

Exceptionnellement, ce numéro de Charlie Hebdo sera traduit en anglais, espagnol et arabe dans sa version numérique. La rédaction a également accepté qu’il soit traduit et imprimé en turc par le journal d’opposition Cumhuriyet, avec lequel il a noué un partenariat. «La Turquie vit un moment difficile et la laïcité y est attaquée. Cette version est la plus importante à nos yeux», a indiqué Gérard Biard. Un partenariat similaire aura également lieu en Italie avec le quotidien Il Fatto Quotidiano.

Gérard Biard a tenu à remercier «tout ceux qui se sont abonnés, en particulier Arnold Schwarzenegger», qui a annoncé sur Twitter avoir pris un abonnement en soutien. «Nous remercions aussi George Clooney», qui a rendu un hommage au journal satirique lors de la cérémonie des Golden Globes, «et nous l’invitons aussi à s’abonner. Comme ça, toutes les femmes de la rédaction auront son adresse.»

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