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Martin Ajdari réagit aux propos attribués par le site satmag au Président de Radio France

radio_france_maisonMonsieur le Président, J’ai pris connaissance avec étonnement des propos qui vous sont prêtés dans le site satmag, s’agissant en particulier des travaux de la Maison de Radio France, sous le titre « les travaux sont une bombe atomique ».


Qu’ils aient ou non été tenus, ces propos traduisent une appréciation à la fois négative, fausse et parfois insultante sur l’action de l’équipe de direction à laquelle j’ai eu l’honneur d’appartenir ; la publicité qu’ils connaissent désormais m’interdit de les laisser sans réponse, ne serait-ce qu’à l’égard des instances représentant le personnel de Radio France, devant lesquelles j’ai été conduit à m’exprimer très longuement sur ce dossier au cours des dernières années.

Si l’on suit les propos relatés par le site satmag, le financement de travaux déjà lancés ne serait pas bouclé, « contrairement à ce qui a été dit », et faute d’engagement de l’Etat, constituerait une « bombe atomique » susceptible d’avoir « des répercutions (sic) sur tous les domaines et forcément limiter les projets ».

Comme vous le savez, l’Etat ne peut s’engager budgétairement de manière définitive au-delà du cadre annuel d’une loi de finances. On peut regretter cette contrainte de nature quasi constitutionnelle, bien qu’elle ait pour objet de garantir le contrôle annuel, par le Parlement, de l’utilisation des deniers publics ; il est plus difficile de s’en abstraire ou de feindre l’ignorer. J’ai moi-même souligné à plusieurs reprises devant le CCE et le CEPIDF, ce dont les procès verbaux peuvent témoigner, que les engagements pluriannuels de l’Etat ne pouvaient jamais être considérés comme irrévocablement acquis.

Il est en revanche possible à l’Etat de s’engager politiquement au-delà de ce cadre annuel, comme il l’a fait en l’espèce, à travers :

– un contrat pluriannuel, en l’occurrence le COM 2006-2009, qui a de fait été scrupuleusement respecté par l’Etat, dont la subvention d’investissement spécifiquement affectée au projet a progressé de 6 M€ en 2006 à 22 M€ en 2009, alors même que, du fait du retard pris par le projet, ces crédits n’étaient pas immédiatement nécessaires ;

– une approbation à la fois solennelle et circonstanciée du projet, de son calendrier et de son budget, par une délibération unanime du conseil d’administration, approuvée donc par les représentants de l’Etat et associée à une évaluation précise du coût des travaux et à un tableau de financement prévisionnel.

C’est ainsi l’engagement le plus ferme et le plus précis que l’on pouvait attendre pour un projet s’étendant sur plusieurs années.

Il serait au passage bien contre-productif de laisser penser que l’Etat serait inconstant, alors qu’il a précisément témoigné l’inverse à Radio France depuis 2006, et a fortiori d’alarmer les personnels en faisant planer la menace d’une répercussion « dans tous les domaines » et sur « tous les projets », alors même que le COM a été conçu et appliqué en séparant clairement les financements affectés à la réhabilitation de ceux destinés au fonctionnement courant de Radio France.

Un discours aussi alarmiste me paraîtrait d’autant plus difficile à comprendre que Radio France disposait, en mai 2009, d’une trésorerie de près de 90 M€, fruit des subventions et de l’autofinancement dégagé par la gestion des derniers exercices, et que lors de la construction du budget pour 2009, des marges très significatives ont été prévues pour faire face à d’éventuelles moins-values publicitaires, moins-values qui seront finalement assez généreusement compensées par l’Etat.

Dans ces conditions, l’affirmation selon laquelle  « on aurait beaucoup communiqué à ce sujet et pas mal menti », si elle avait été effectivement exprimée, me semblerait confiner à la diffamation. Des erreurs ont pu être commises ; des mensonges, non.

La réhabilitation de la Maison de Radio France est à l’évidence une contrainte à la fois impérative et épineuse dont chacun, salariés et directions successives, aurait souhaité s’épargner la charge, pour se consacrer aux missions premières de la radio publique. Je n’en ai moi-même jamais caché les écueils ni les incertitudes, devant les instances représentant le personnel comme devant le Conseil d’Administration.

Grâce aux efforts de ceux qui s’y sont consacrés, cette contrainte subie est devenue un beau projet, qui non seulement mettra enfin ce bâtiment aux normes de sécurité et lèvera l’hypothèque sur la poursuite de son exploitation, mais encore le modernisera et l’améliorera fonctionnellement, au service des antennes, du multimedia et des formations musicales.

J’avais donc accueilli avec une grande satisfaction votre décision de signer les marchés de ce projet en mai dernier, peu après votre nomination. Je ne puis aujourd’hui croire que vous ayez tenu les propos qui vous sont prêtés et vous serais très reconnaissant, à défaut d’un démenti public dont les inconvénients ne m’échappent pas, de bien vouloir me rassurer sur ce point.

Vous comprendrez que, sans aucun esprit de polémique, j’adresse une copie de ce courrier à certains membres de la direction de Radio France avec lesquels j’ai longtemps travaillé, ainsi qu’aux secrétaires du comité central d’entreprise et du comité d’établissement de Paris Ile de France.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments distingués.

Martin Ajdari

Paris, le 6 septembre

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