News

Les Infiltrés sur France 2 : est-il normal de signaler les criminels?

Plusieurs correspondants étrangers à Paris jugent normal que des journalistes signalent à la police des faits criminels constatés lors d’une enquête, comme l’ont fait ceux de l’émission les « infiltrés » sur la pédophilie, attitude qui a déclenché une polémique en France.

Les journalistes qui ont réalisé cette émission, diffusée mardi soir sur France 2, ont signalé à la police au fil de leur enquête les pseudonymes et les adresses de pédophiles agissant sur le net.

« En tant qu’individu, on a du mal à ne pas dénoncer », estime Henry Samuel, du Daily Telegraph (Grande-Bretagne). Mais il faut le faire « au cas par cas, en son âme et conscience ». Dans le cas des Infiltrés, « des personnes ont avoué être passées à l’acte, d’autres apparemment avaient des tentations, elles seront peut-être soignées ou suivies », pas forcément arrêtées, ajoute le journaliste britannique.

Pour Alberto Toscano, journaliste italien au magazine Panorama, le problème n’est pas tant de dénoncer mais de le faire « de façon discrète ». « Si la dénonciation est utilisée pour faire la publicité de l’émission, l’opération est à mes yeux plus que suspecte ». Il reconnaît toutefois que « si un citoyen tombe sur un criminel, il a le devoir de le dire ».

« Quand on est journaliste, on a forcément affaire à des criminels, pas seulement des voyous parfois aussi des chefs d’Etat » qui se comportent en criminels, explique Luis Miguel Ubeda de la radio nationale espagnole. « Et si par exemple on doit interroger des terroristes, c’est en amont qu’on doit se poser des questions » sur la protection des sources, estime-t-il.

Alberto Romagnoli, chef du bureau parisien de la RAI, la télévision publique italienne, estime lui aussi qu’on est « homme ou femme avant d’être journaliste » mais il s’étonne toutefois « qu’on reproche aux catholiques de ne pas avoir dénoncé les pédophiles et qu’en France on critique les journalistes qui le font ».

Le principe même de l’émission, dans laquelle les journalistes se font passer pour des adolescents ou des pédophiles, choque certains. Ne pas se présenter comme journaliste pose la question même de l’information, expliquent-ils.

« C’est la façon de recueillir l’information qui pose problème, si on ment en tant que journaliste cela nuit forcément à l’information et à la protection des sources », estime Henry Samuel.

Pour Alberto Toscano, « l’investigation ne doit pas céder à la tentation de faire du voyeurisme, à la recherche de l’audience à tout prix ». « Le sujet de la pédophilie en soi est hyper-sensible et doit être traité de façon extrêmement rigoureuse », ajoute-t-il.

« Quand l’information devient spectacle, on perd l’authenticité du journalisme », renchérit Luis Miguel Ubeda.

Pub

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


UA-4563539-4
%d blogueurs aiment cette page :