News

Les 30 ans du 10 mai 1981 : Mitterrand et les médias

Création des radios libres, de la Haute Autorité, des chaînes privées… Jean-Noël Jeanneney, historien spécialiste des médias, revient sur les réformes qui, à partir de 1981, changèrent le paysage audiovisuel français.

A quoi ressemble le paysage audiovisuel français avant le 10 mai 1981 ?

Il est extrêmement resserré et contraint. Depuis 1945, l’emprise de l’Etat sur la radio puis la télévision est très forte. La télévision ne propose que trois chaînes publiques. Quant à la radio, elle ne compte, hors service public, que les stations « périphériques » – RTL, Europe 1 et RMC –, qui disposent d’un peu plus de liberté, ainsi que des radios en ondes courtes que l’on peut recevoir de l’étranger.

Y a-t-il eu des signes annonciateurs de la fin du monopole ?

Un mouvement a commencé à se dessiner à partir de 1968, sous l’effet de deux forces majeures. D’une part, l’aspiration démocratique à plus de liberté, la prise de conscience que cette emprise sur la radio et la télévision n’était plus supportable dans un pays démocratique.

D’autre part, des avancées techniques comme la modulation de fréquence pour la radio, qui permet la multiplication des stations, en attendant le développement des satellites dont va profiter la télévision.

Sous ce double effet se dessine le progrès vers plus de liberté et de diversité au moment où la gauche arrive au pouvoir. Le principe de la liberté des ondes est dans le programme du candidat Mitterrand. Il préfigure le premier article de la loi de 1982 – « La communication audiovisuelle est libre » – inspiré de la loi sur la presse de 1881.

Quelles sont les lignes directrices des réformes engagées dans les années 1980 ?

On assiste dans l’ensemble à une libération incontestable, mais aussi à la redécouverte d’un principe ancien, connu jadis par la presse écrite : lorsqu’on se libère du pouvoir de l’Etat, on rencontre celui de l’argent…

Cette question s’est posée très vite, au sujet de la radio. Une fois affirmé le principe de l’ouverture de la modulation de fréquence aux radios locales privées, beaucoup ont pensé qu’elles pouvaient fonctionner grâce au bénévolat. On s’est aperçu que c’était illusoire, et que si l’on voulait garder des radios privées fortes, il fallait les ouvrir à la publicité.

Les effets de l’arrivée en force de l’argent se sont aussitôt fait sentir. En décembre 1984, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle a voulu sanctionner d’un mois d’interdiction d’émettre NRJ et quelques autres radios qui trichaient sans vergogne avec la puissance de leurs émetteurs. Sous la pression de NRJ, le gouvernement Fabius a suspendu le glaive. Cette décision a constitué un recul civique incontestable. Elle n’a fait qu’annoncer d’autres débordements de l’argent, lorsqu’une partie de la télévision lui a ensuite été livrée.

L’essentiel des réformes du secteur audiovisuel est adopté sous le premier septennat de François Mitterrand. Forment-elles un ensemble cohérent ?

Je distingue quatre étapes jusqu’à la fin de la première cohabitation. La première a lieu en 1981. C’est l’année de la légalisation des radios locales privées, mais aussi d’un climat général de revanche. En dépit de belles déclarations, le nouveau pouvoir veut incontestablement « prendre les places ». On intervient avec les journalistes amis, on provoque le départ des présidents de chaîne…

La deuxième étape est marquée par la loi de septembre 1982, qui fait entrer dans les faits les principes affichés dans le programme d’avant 1981. La création de la Haute Autorité, dont trois des neuf membres sont nommés par l’opposition , est un vrai dessaisissement, en rupture complète avec ce qui s’est passé depuis le débu

Pub

UA-4563539-4
%d blogueurs aiment cette page :