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La crise des Guignols fait éclater la direction de Canal+

La crise couvait depuis longtemps au sein du groupe Canal +. Elle a éclaté au grand jour. Vendredi après-midi, au cours d’un conseil de surveillance agité, Rodolphe Belmer, directeur général du groupe, numéro deux de la maison, a été révoqué, «le conseil ayant mis fin à ses fonctions», comme l’indique le communiqué de presse. Bertrand Meheut, président du directoire, l’a remplacé immédiatement par Maxime Saada, le directeur général adjoint en charge de l’édition des chaînes payantes. Autre nomination symbolique, Grégoire Castaing, directeur financier, devient membre du directoire du groupe Canal +.

La crise des abonnements

La crise des «Guignols» a servi de révélateur à la crise économique que traverse Canal + France depuis deux ans. La partie française subit un terrible effet de ciseau. D’un côté, les coûts augmentent fortement du fait de la concurrence de beIn Sports sur le sport et de Netflix sur les programmes. De l’autre, le groupe perd beaucoup d’abonnements, environ 400.000 sur un an, principalement chez Canalsat, qui est la vache à lait du groupe. Vincent Bolloré, le nouveau patron de Vivendi, a décidé de remettre rapidement de l’ordre dans sa filiale. Rodolphe Belmer a été remercié car il tardait à enclencher les chantiers de redressement. Maxime Saada, spécialiste des abonnements, devra les redynamiser. Grégoire Chastaing, directeur financier, devra faire la chasse aux coûts.

Depuis de longs mois, la tension était palpable entre les trois hommes forts du groupe Canal +: Bertrand Meheut, Rodolphe Belmer et Maxime Saada. La rivalité était patente entre les deux premiers. Rodolphe Belmer se voyant succéder à Bertrand Meheut ou, du moins, prendre une telle place dans la stratégie média du groupe Vivendi, la maison mère de Canal +, qu’il deviendrait incontournable. La semaine dernière, la rumeur avait couru à propos d’un départ d’ici à la fin de l’année de Bertrand Meheut. Même s’il devait effectivement partir dans les six prochains mois, le président du directoire a démontré qu’il avait encore le pouvoir de révoquer son numéro deux. Pour le remplacer on parle de Dominique Delport, le CEO d’Havas, filiale de Bolloré.

En octobre 2014, dans une interview au Figaro, à la question «Préparez-vous votre succession avec Rodolphe Belmer?», Bertrand Meheut avait répondu: «Ce n’est pas un sujet urgent. La durée de mon mandat non plus, car je suis révocable à tout moment par l’actionnaire.» Avec cette phrase, Bertrand Meheut avait mis fin au processus de succession sur lequel il s’était engagé. Depuis, on disait Rodolphe Belmer sur le départ. Mais sa nomination au titre de chargé de contenus pour le groupe Vivendi et, surtout, sa décision de ne pas briguer la présidence de France Télévisions pour se consacrer à Canal + avaient fait pencher la balance d’un autre côté.

La crise des programmes

Depuis qu’il a pris la présidence de Vivendi en avril dernier, Vincent Bolloré a mis Canal + sous tension. Alors que sous l’ère de Jean-René Fourtou, Vivendi ne se mêlait pas des contenus de Canal +, il est vite devenu évident qu’il s’octroyait le droit de décider de tout, y compris des programmes de Canal +.

 Ces dernières semaines, Rodolphe Belmer et Maxime Saada ont planché sur différents scénarios pour redynamiser la tranche en clair de Canal +, dont les audiences baissent régulièrement. La suppression des «Guignols» ne faisait clairement pas partie des options envisagées.

Mais Vincent Bolloré a décidé de mettre cette option sur la table afin de faire sauter tous les tabous et d’accélérer les changements dans la tranche en clair, la vitrine de la chaîne payante. L’équation est simple: la tranche en clair rapporte environ 150 millions d’euros de recettes publicitaires par an, mais elle coûte très cher. «Les Guignols» coûtent à eux seuls 25 millions d’euros. Le groupe Canal + peut supporter de perdre de l’argent sur la tranche en clair si elle attire de nouveaux abonnés. Mais si elle n’en attire plus, la perte devient difficile à justifier.

Vincent Bolloré a annoncé qu’il n’allait pas supprimer «Les Guignols». Mais rien ne l’empêche de les retirer de la tranche en clair pour les mettre dans la partie payante et ainsi déclencher des abonnements chez les fans des marionnettes. Par ailleurs, il est très probable que Maïtena Biraben remplace Antoine de Caunes à la tête d’un «Grand Journal» rénové. Enfin, «Le Petit Journal», qui est désormais plus impertinent que «Les Guignols», pourrait être renforcé.

VIDÉO – Disparition des Guignols: les politiques montent au créneau.

Source : La crise des Guignols fait éclater la direction de Canal+

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