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La crise de gouvernance s’aggrave au journal Le Monde 

Vacant! Par un communiqué interne, les trois principaux actionnaires du Monde – Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse – ont déclaré «vacant» le poste de directeur du journal. La crise est sans précédent dans l’histoire du quotidien fondé en 1944.

Tout s’est vite enchaîné. Mercredi, les 400 salariés du quotidien étaient appelés à valider la candidature de Jérôme Fenoglio proposée par les actionnaires mais leur suffrage n’a atteint que 55 % alors que les statuts du Monde exigent 60 %. Le lendemain, nouveau coup de théâtre. Après le rejet surprise, par les journalistes, de la candidature du directeur des rédactions, Gilles van Kote, le directeur par intérim, a démissionné.

«La décision du Monde libre de ne pas retenir ma candidature au poste de directeur puis le vote de la Société des rédacteurs du Monde qui a conduit au rejet de la candidature de Jérôme Fenoglio, que je soutenais, me conduisent à mettre un terme à cette période et donc à démissionner», a écrit Gilles van Kote aux salariés en fin de journée.

De leur côté, les actionnaires continuent de soutenir la candidature de Jérôme Fenoglio. Dans leur communiqué, diffusé après l’annonce de la démission de Gilles van Kote, ils disent regretter le processus de désignation du directeur, «qui ne reconnaît pas la validité de l’approbation majoritaire des journalistes et qui, in fine, fragilise et abîme le collectif». Jérôme Fenoglio a lui-même envoyé un message à la rédaction, assurant qu’il continuait à exercer ses fonctions de directeur des rédactions (…) jusqu’à ce qu’une nouvelle direction soit mise en place.

La période qui s’ouvre maintenant risque d’être compliquée au sein du quotidien, car le rejet de Jérôme Fenoglio – qui aura tout de même réuni 55 % des votants – n’est pas à mettre sur le compte de son programme, même si son orientation très numérique inquiétait certains. Il tient au fait que la rédaction s’est sentie déposséder de ses prérogatives. «La rédaction, qui est légitimiste et légaliste, n’a pas supporté la palinodie de la direction», souligne Alain Beuve-Méry, président de la Société des rédacteurs (SRM). En clair, les journalistes n’ont pas du tout apprécié d’être placés devant le fait accompli par des actionnaires.

Encadrement décapité

La procédure de nomination du directeur, qui stipule que les actionnaires proposent un candidat qui doit ensuite être approuvé par la rédaction, a viré au tour de passe-passe. Des trois candidats officiellement déclarés, aucun n’a fait le consensus. Pierre Bergé ne voulait pas de Gilles van Kote. Xavier Niel ne voulait pas du responsable du Monde des livres Jean Birnbaum. Et Matthieu Pigasse aurait rejeté la candidature de Christophe Ayad, chef du service international.

Désigné par le trio et acceptant d’être leur candidat, Jérôme Fenoglio a fait les frais de l’affaire. Mais les actionnaires lui demandent de retourner au combat. La direction s’engage dans un vif débat avec la rédaction, qui doit continuer à faire le journal alors que l’équipe d’encadrement est décapitée.

La veille de la présentation du projet de Jérôme Fenoglio, le 5 mai dernier, Natalie Nougayrède a adressé un courrier à la SRM dans lequel celle qui est à présent éditorialiste au Guardian critiquait la gouvernance du Monde, appelant à un «débat ouvert et approfondi». Elle aura été entendue.

Source : La crise de gouvernance s’aggrave au journal Le Monde 

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