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La banque de programmes à destination des radios associatives du groupe Radio France pourrait être bientôt cédée à un groupe privé.

C’est l’histoire d’une toute petite structure interne à Radio France, répondant au doux nom de Sophia, et qui craint pour sa survie. Voyant que ses dirigeants ne s’en préoccupaient pas, les syndicats ont tiré la sonnette d’alarme le 17 septembre. « Les élu-es exigent que Sophia figure dans le texte du COM 2015-2019. (…) Cette offre en direction des radios associatives est essentielle par sa qualité et son indépendance éditoriale.»

Avant cette date, et ce message, il fallait être sacrément connaisseur de l’entreprise publique pour avoir déjà entendu parler de Sophia. Ou alors travailler pour cette banque de programmes radiophoniques auprès de laquelle s’approvisionnent quelques stations privées et plus de 70 associatives. A Radio France, elle emploie 13 personnes : deux journalistes (appartenant aux rédactions de Fip et France Culture-France Musique), trois administratifs et huit cachetiers. Ensemble, ils fabriquent des journaux et des flashes d’information, ainsi que des chroniques et une programmation musicale, que l’entreprise commercialiste depuis bientôt vingt ans – sans en tirer de bénéfice. Depuis quelques semaines, ils craignaient le pire, au point d’en alerter le ministère de la Culture et de la Communication ainsi que le CSA. Mardi 6 octobre, Frédéric Schlesinger, le directeur délégué aux programmes, leur a effectivement annoncé un projet de cession de l’entité à un groupe privé. « Avec cette vente, c’est le dernier trait d’union entre les radios associatives et Radio France qui disparaît », pointe un acteur du dossier. « Le problème qui se pose est politique, en tout cas philosophique, ajoute Pierre Montel, le délégué général des radios libres (SNRL). Comment peut-on, dans le contexte de l’après-Charlie, décider d’arrêter cette seule offre publique d’information, et donc se priver d’une possibilité de pluralisme ? »

Usager propriétaire

Le groupe SOS « est un acteur référent de l’entreprenariat social », défend Frédéric Schlesinger. « Nous comptons 12 000 salariés en France, réalisons 650 millions de chiffre d’affaires et nous n’avons pas d’actionnaires, complète Valère Corréard, le responsable de l’activité médias de la société. Notre groupe est très éthique, centré sur l’utilité sociale mais pro-business. Car nous n’avons pas seulement la tête dans les étoiles, mais aussi les pieds sur terre. » Sa branche médias se compose du périodique Up !, du magazine Respect (racheté en 2009 et dont toute l’équipe a été remerciée en 2013) et d’un réseau de six radios basées dans le sud de la France et réunies au sein du réseau Raje. Ce qui signifie que si cette cession devait aboutir (possiblement pour un euro symbolique), c’est un usager de Sophia qui en deviendrait le propriétaire. Comme si un client de la banque en devenait le directeur… au risque (non encore avéré !) d’imposer ensuite aux autres clients des conditions, par exemple financières, que lui seul est en mesure d’assumer. « D’une certaine façon, précise Pierre Montel, les Raje auront la possibilité de se faire financer par les autres radios clientes de Sophia. » Etrange.

Tout le monde s’accorde au moins sur un point : les programmes produits gagneraient à être renouvelés. Mais pour quels contenus ? A l’origine engagé, métissé, et ne reculant devant aucun sujet tabou, « Respect est devenu quelque chose de plus neutre, au sens négatif du terme » après sa reprise en main, regrette un ancien journaliste — qui parle aussi « d’aseptisation générale » pour Up ! et Raje. Pas très engageant pour les éventuels futurs salariés du groupe.

Soucieux de mener les discussions sereinement à terme, Frédéric Schlesinger jure toutefois que le projet n’aboutira que « si les huit cachetiers sont embauchés en CDI, et lorsque le ministère de la Culture et de la Communication, le CSA et le SNRL auront donné leur accord ». Histoire de faire connaissance, l’équipe de Sophia pourrait rencontrer Valère Corréard dans les prochaines semaines. D’ici là, elle pourra se familiariser avec son ton en écoutant France Inter : depuis la rentrée en effet, le jeune directeur général y est chroniqueur. Chaque samedi à 6h20, il consacre quatre minutes aux « entrepreneurs du changement ». Un sujet qu’il maîtrise parfaitement.

Telerama.fr

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