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François Bayrou, Vincent Peillon et Frédéric Lefebvre contre les Médias

Peillon contre France Télévisions, Bayrou contre TF1, Lefebvre contre AFP… Les politiques sont-ils obsédés par les médias ? Ou ont-ils trouvé le meilleur prétexte pour occuper le terrain médiatique précisément ?

François Bayrou, Vincent Peillon et Frédéric Lefebvre
Lundi 25 janvier, Nicolas Sarkozy attaquait Laurence Ferrari sur son salaire. Dimanche, François Bayrou estimait que « la manière dont les médias sont construits en France pose la question de leur indépendance ». Samedi, Vincent Peillon, après avoir boycotté « A vous de juger « , dénonçait dans Le Monde la « servilité » de « certains dirigeants » de France Télévisions. Mais qu’ont tous ces politiques à crier haro sur les médias ? Le phénomène ne date pas d’hier, mais il s’est amplifié ces derniers mois.
D’un côté, une opposition qui dénonce des médias inféodés au pouvoir, François Bayrou en tête. Avant sa dernière sortie sur Europe 1, le leader du MoDem avait multiplié les accusations contre TF1 durant la campagne présidentielle, notamment sur le plateau du 20h de Tf1, face à sa tête de Turc Claire Chazal. et de dénoncer les accointances entre propriétaires de médias et politiques et d’accuser la presse de fabriquer l’élection présidentielle.

« Gesticulation »
L’UMP aussi reprend l’argument, mais à sa sauce : en pointant du doigt des journalistes forcément gauchistes et anti-sarkozystes primaires. Spécialiste de la discipline : Frédéric Lefebvre. L’AFP ? Elle fait de l' »obstruction volontaire » de ces communiqués. Libération ? Un quotidien « qui ressemble de plus en plus à un tract », et qui « après avoir perdu ses lecteurs, perd sa crédibilité ». Le débat sur l’identité nationale relayé par la presse? « Une caricature », qui « ne retient que les dérapages ».
Les politiques seraient-ils obsédés par les médias ? Ou ont-ils trouvé le meilleur prétexte pour occuper le terrain médiatique précisément ? François Malye, journaliste au Point, président du Forum des SDJ, dénonce des attaques « opportunistes » : « Jamais on n’avait vu auparavant Vincent Peillon évoquer les problèmes de la presse. François Bayrou, lui, le fait régulièrement, c’est plutôt à mettre à son crédit. Peillon voulait surtout que tout le monde parle de lui, et c’est réussi. » Le sociologue des médias Jean-Marie Charon pointe lui aussi une « dimension importante de gesticulation ». Le meilleur moyen d’intéresser les journalistes n’est-il pas après tout de leur parler d’eux ?
L’approche des élections régionales n’y est sans doute pas étrangère. « En période de campagne, il s’agit de remobiliser son camp », souligne Christian Delporte, historien des médias. « François Bayrou a employé la stratégie à plein contre TF1 pendant la campagne présidentielle. »

Lefebvre, « pitbull »
Et plus les politiques aiment fréquenter les médias, moins ils les ménagent. « Certains politiques ont donné une telle place à la communication dans leur stratégie politique qu’à partir du moment où ils sont confrontés à des situations qui ne leur conviennent pas, ils se retournent contre les médias dans un rapport de force », affirme Jean-Marie Charon. Ainsi, en septembre dernier, Nicolas Sarkozy passait un savon en public à Arlette Chabot en se plaignant de l’absence de « vraies émissions politiques » sur le service public.
Prendre à parti les médias, cela permet aussi de reprendre la main dans les situations un peu délicates. « C’est le dernier recours quand les politiques sont dans leurs derniers retranchements », juge François Malye. « Frédéric Lefebvre fait ça très bien, en mode pitbull. »
Exemple en octobre, après l’affaire Jean Sarkozy. C’est l’UMP toute entière qui se livre à une violente attaque contre les médias. Frédéric Lefebvre s’en prend une fois encore » à ce monde politico-médiatique qui cherche par tout moyen à détruire le président de la République ». Il est aussitôt suivi par Xavier Darcos, qui recommande aux militants UMP de ne pas se laisser « abuser par la campagne des petites phrases, des petites rumeurs et des mauvaises idées » et par cet « effort de déstabilisation de notre camp organisé par les médias en particulier ». Et par Xavier Bertrand, qui dénonce « un déversement politico-médiatique » sur les récentes « polémiques ». On en oublierait presque le sujet premier de la polémique…

Une mauvaise image dans l’opinion
Les attaques visant médias et journalistes sont d’autant plus faciles que leur image n’est pas au mieux dans l’opinion. « Les mauvais sondages sur les médias encouragent ce type de comportement », explique Christian Delporte. Selon le dernier baromètre de confiance dans les médias paru la semaine dernière dans La Croix, deux tiers des Français considèrent que les journalistes ne sont pas indépendants face aux pressions du pouvoir et 60% qu’ils ne sont pas indépendants aux pressions de l’argent. Et selon les médias, entre 35% (pour internet) et 60% (pour la radio) estiment que « les choses se sont passées vraiment ou à peu près » comme elles sont racontées.

Populisme
Au petit jeu du « qui tapera le plus sur les médias », les politiques gagnent-ils à tous les coups ? Pas sûr, car le risque est tout de même de tomber dans l’excès. « Le systématisme et la caricature deviennent rapidement inopérants, comme le montre Frédéric Lefebvre et ses mises en cause de l’AFP », prévient Jean-Marie Charon. Voire de tomber dans le populisme. « Décrédibiliser médias et journalistes, qui jouent un rôle-clé dans l’animation du débat public, cela peut être dangereux », poursuit le sociologue.
Au point d’occulter les vraies difficultés auxquelles se heurte la profession. « Les gens qui arrivent avec des vieilles formules et qui réclame des têtes n’aident pas à sensibiliser l’opinion aux vrais problèmes des médias », regrette Jean-Marie Charon. « Les questions de financement des médias, de l’audiovisuel public, des relations entre propriétaires et rédactions, sont des sujets délicats qui renvoient aux questions de démocratie. »
François Malye abonde dans le même sens. « Le vrai problème dans les médias, c’est l’autocensure car les journaux appartiennent à de grands groupes économiques, et une certaine façon de travailler avec les politiques. Mais sur ces sujets, on entend rarement ces derniers. »

(Nouvelobs.com)

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