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France Télévisions : le CSA tire un bilan globalement négatif

Après le psychodrame provoqué par la fuite dans la presse du pré-rapport sur le bilan de France Télévisions, le 25 novembre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a corrigé le tir. Il faut dire que la première mouture du rapport était clairement à charge contre Rémy Pflimlin, le PDG de France Télévisions, et ses équipes. Ce dernier a immédiatement contre-attaqué en envoyant une lettre musclée à Olivier Schrameck, le président du CSA, contestant le sérieux et l’impartialité du pré-rapport.

Dans une explication en tête en tête, Olivier Schrameck a assuré à Rémy Pflimlin que le bilan n’avait rien d’une attaque personnelle. Sylvie Pierre-Brossolette, la sage chargée de rédiger ce rapport, a donc largement atténué le ton du document. Ce dernier a été soumis aux neuf membres du CSAqui ont arrêté une position officielle, mercredi soir.

En résumé, le CSA considère que le président de France Télévisions a hérité d’une histoire compliquée avec l’arrêt de la publicité en 2009 et le lancement du chantier de l’entreprise unique. La tâche n’a pas été facile face «à de nombreux impératifs parfois contradictoires», et le CSA consent que le travail effectué depuis quatre ans «s’inscrit dans une perspective de long terme» qui portera ses fruits dans quelques années. Voilà pour le contexte.

Ensuite, le CSA a commencé par distribuer les bons points. Le groupe France Télévisions a maintenu de belles audiences malgré la multiplication des chaînes. Avec une part d’audience globale des cinq chaînes à 29 % en novembre, France Télévisions est repassé au-dessus du groupe TF1 (28,3 % avec ses quatre chaînes). Le CSA souligne la qualité de l’information chez France Télévisions et reconnaît également que le groupe a maintenu un «important effort d’investissement en faveur de la création». Il est vrai que, malgré les restrictions budgétaires, France Télévisions a peu rogné sur son budget création, à 360 millions d’euros, sur un montant total de 2,1 milliards d’euros consacrés aux programmes. France Télévisions finance plus de la moitié de la création audiovisuelle française.

Enfin, le CSA «constate le franchissement d’étapes significatives dans la construction de l’entreprise unique». C’était la mission dévolue à Rémy Pflimlin à son arrivée en 2010 et ce dernier estimait dans une interview au Figaro en octobre: «Nous sommes parvenus à faire de France Télévisions une entreprise unique, ce qui a été un chantier colossal. Nous avons négocié et lancé le plan de départs volontaires. Il sera achevé en 2015.»

Le point noir: France 3

Mais tout ceci n’empêche pas le CSA de pointer des mauvais points. On retrouve dans la position du CSA les critiques de fond du prérapport. Le CSA commence par une nouvelle charge contre le manque de différentiation des programmes de France Télévisions par rapport à ses concurrentes privées. «Le CSA appelle de ses vœux davantage de renouvellement et d’innovation.» Autre point majeur, le régulateur reprend à son compte les critiques courantes portant sur le manque de clarification éditoriale entre les chaînes du groupe. Il pointe de nouveau la nécessité de repenser l’intérêt des chaînes France 4 (chaîne jeunesse) et France Ô (chaîne ultramarine). Le sujet avait été abordé entre le groupe audiovisuel public et l’État, sa tutelle, et la décision a été de maintenir ces deux chaînes. Gros point noir, le CSA dénonce l’absence de réforme de France 3 Régions. Cette question centrale depuis 2010 n’a jamais fait l’objet d’un consensus entre l’État et le groupe. La réforme tant de fois réclamée et esquissée n’a tout simplement pas eu lieu faute de schéma clair et de moyens financiers pour la mettre en œuvre.

Même si elle est nettement atténuée, la charge sur le management du groupe est toujours présente dans le nouveau rapport. «Le Conseil a relevé une répartition des responsabilités insuffisamment précises à l’intérieur du groupe.» Il est vrai que les quatre années du mandat de Rémy Pflimlin ont été marquées par de nombreux mouvements avec pas moins de cinq patrons pour France 2, trois patrons pour France 3 et le départ du numéro deux, Martin Ajdari. Aujourd’hui, Thierry Thuillier s’occupe à la fois de l’information du groupe et de France 2 tandis que Bruno Patino s’occupe des programmes de toutes les chaînes et du numérique.

Maîtrise des coûts

Dernier point, le CSA «encourage France Télévisions à renforcer sa politique de maîtrise des coûts, notamment ceux des moyens internes de production» et demande une «exigence accrue en matière de transparence». Le groupe a pourtant commencé par réduire les devis de tous les producteurs de flux puis de fiction avant de s’attaquer à la réduction des charges qui s’est traduite par un plan de départs volontaires réduisant le nombre de salariés de 650 personnes.

Si ce rapport est nettement moins violent que sa première mouture, il donne tout de même un signal de départ aux candidats à la succession de Rémy Pflimlin, sans toutefois fermer la porte à ce dernier pour briguer un second mandat.

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