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France Inter : après 31 ans d’antenne, j’ai été « viré ». Déçu, je ne pouvais pas me taire – le Plus

LE PLUS. Dimanche matin, le journaliste Alex Taylor a appris qu’il était poussé à la porte de France Inter, maison dans laquelle il officiait depuis 31 ans. Déçu, il a fait partager sa tristesse sur Twitter, avant d’adresser une lettre ouverte à Mathieu Gallet. Pourquoi sa revue de presse européenne n’est-elle pas reconduite ? Il revient sur son éviction.

Cela fait 31 ans que je travaille pour France Inter et d’autres radios de la maison ronde. Un plaisir quotidien qui m’a permis de croiser des milliers de personnes intéressantes et d’assouvir ma passion pour le journalisme. J’aimais ce travail.

Depuis deux ans, j’avais repris ma revue de presse européenne du lundi au jeudi à 6h50. Tous les matins, je me levais vers 3h, toujours avec le sourire.

Pour ce travail, j’ai dû faire une croix sur ma vie sociale mais ça ne posait aucun problème car j’adorais éplucher 70 journaux venus des quatre coins du continent pour en faire ressortir l’essentiel et compiler le tout, le sérieux et le light, dans une chronique de 3 minutes 30.

C’était ça ou rien. J’ai dit non

Dimanche, aux alentours de 9h30, mon producteur m’a contacté. Il m’a expliqué que ma revue de presse allait être déplacée à 6h15 dès la prochaine rentrée.

C’était ça, ou rien. Alors, j’ai dit non.

Le matin c’est une différence énorme en termes d’écoute. Il faut savoir que la France entière se réveille entre 6h30 et 7h, faire passer ma chronique plus tôt c’était un désaveu total. Je venais de me prendre une énorme gifle. Je n’ai pas compris car en audimat la tranche ou j’étais marchait très bien, fournissant beaucoup d’auditeurs au prime time de 7h avec Patrick Cohen.

En plus, il y avait une vraie ambiance dans l’émission. Les gens me citaient rarement les unes du « Frankfurter allgemeine zeitung », mais 4 ou 5 fois par jour on me disait, c’est sympa de se réveiller avec votre équipe. La mayonnaise avait pris et c’est assez fragile et rare en radio pour être souligné, d’où mon incompréhension la plus totale.

Je ne pouvais pas me taire

À ce moment-là, je n’avais eu aucun coup de fil de mes directeurs que je n’ai d’ailleurs jamais rencontrés depuis deux ans que je travaille pour eux. Bien sûr j’étais déçu de me faire virer d’une radio où je m’investis à fond depuis 1984. J’ai simplement tweeté ceci…

Un journaliste a vu le tweet et m’a appelé. Je lui ai dit ce qui s’était passé. On a quand même le droit de réagir un peu quand on vous apprend une nouvelle de cette importance.

France Inter, c’était pour moi un espace de liberté incroyable. Jamais on ne m’a imposé quoi que ce soit. Anglais, j’avais le sentiment d’avoir une liberté de ton que jamais je n’aurais pu avoir même à la BBC.

Tout au long de ma carrière, je n’ai jamais protesté. Ni quand France 3 a arrêté du jour au lendemain l’émission « Continentales » que je produisais et animais tous les jours pendant six ans, ni quand France Musique a mis fin à « Voyage en moi Majeur ». Le scénario s’est reproduit pour LCP et Euronews. C’est la loi des médias. Les émissions changent.

Mais là, j’ai choisi pour une fois de ne pas me taire. En plus, c’est une revue de la presse européenne que j’ai créée avec Ivan Levai, qui l’a mise à l’antenne en 1994. Il n’y en avait pas avant et il n’y en a pratiquement pas aujourd’hui de véritablement européenne à part la mienne.

France Inter, c’était un espace de liberté incroyable

« Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ». La dernière de l’émission a eu lieu jeudi dernier, mais France Inter a attendu le dimanche suivant, le matin quand les journalistes ne travaillent pas, pour m’annoncer en gros que j’étais « viré ».

Je crois que si on m’avait dit : « Alex, on va te remplacer par quelqu’un d’autre pour faire la revue de presse européenne », j’aurais mieux compris parce que c’était la preuve que France Inter s’intéressait toujours à l’Europe. Mais là, on me dit que la maison souhaite remplacer ma revue de presse  par une énième chronique portant sur la télévision. Si France Inter essaie de faire du Europe 1 ou du RTL, c’est bien dommage.

Depuis mon tweet, la directrice de France Inter m’a appelé. C’est la première fois en deux ans que je lui ai parlé, ne serait-ce qu’au téléphone après plusieurs rendez-vous demandés mais jamais consentis. Chose curieuse, elle m’a confié qu’elle s’était opposée à ce remaniement, décidé apparemment par le chef de la rédaction avec lequel je n’ai jamais eu le moindre échange même téléphonique, y compris jusqu’à ce jour. Même au sein de la direction, ils ne sont pas d’accord.

Je ne veux plus revenir

En deux ans, je n’ai jamais rencontré la directrice de l’antenne ou mon rédacteur en chef. Mathieu Gallet ? N’en parlons même pas. Pour avoir été directeur des programmes internationaux de RFI, j’avais un rendez-vous avec chaque équipe tous les deux mois.

Une fois que j’ai tweeté France Inter a réagi en disant que j’étais viré parce que je m’étais exprimé.

Il n’y a aucune chance pour que France Inter revienne vers moi. Avec le reste de l’équipe, l’ambiance a toujours été sympathique, mais aujourd’hui, quelque chose s’est cassé.

J’ai changé mon fusil d’épaule

Je ne regrette rien. À 57 ans, pour la première fois de ma vie, j’ai décidé de ne pas rester silencieux, comme visiblement ils le souhaitaient en attendant le dimanche après ma dernière chronique pour m’annoncer la nouvelle.

Depuis, j’ai déjà eu d’autres propositions mais après 31 ans j’ai France Inter dans l’âme. Avant, je n’y prêtais aucune attention, aujourd’hui, j’ai changé mon fusil d’épaule avec regret.

En attendant, je suis époustouflé par le nombre de messages de soutien que j’ai reçus – des milliers sur Twitter ou Facebook . Ça me fait chaud au cœur. Je ne vois pas comment j’aurais dû faire autrement après ce genre de traitement. Je me suis trop investi pour ne pas réagir. Merci a ceux qui m’ont soutenu.

Source : France Inter : après 31 ans d’antenne, j’ai été « viré ». Déçu, je ne pouvais pas me taire – le Plus

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