News

En Russie, une radio indépendante menacée

 « Pour le moment, nous continuons de travailler normalement… »  Mardi 14 février  la rédaction d’Écho de Moscou  bouillonnait comme d’habitude. Et Sergueï Buntman, le rédacteur en chef adjoint de cette petite radio, figure phare parmi les médias impertinents en Russie, se voulait rassurant. Le matin même, la centaine de journalistes avait pourtant appris un soudain changement au sein du conseil d’administration, qui pourrait porter un coup à cette station appréciée du public libéral pour ses programmes d’infos en flux continu, interviews tous azimuts, commentaires sans ambages et débats à cœur ouvert.

Propriétaire de la radio, Gazprom-Media, l’une des branches du puissant groupe gazier, a en effet décidé de réorganiser ce conseil. Jusqu’à présent, trois journalistes et deux directeurs indépendants siégeaient au côté de quatre représentants du groupe. Cette répartition garantissait aux journalistes, qui détiennent 34 % du capital, de peser face à Gazprom-Media, actionnaire principal avec 66 % des parts. Notamment lorsque ce conseil doit approuver le choix du rédacteur en chef et donc, à travers lui, toute la politique éditoriale.

Or, en pleine campagne pour l’élection présidentielle du 4 mars, Alexeï Venediktov, son rédacteur en chef, s’est retrouvé sous le feu des critiques de Vladimir Poutine. Lors d’une rencontre avec des responsables de presse, l’actuel premier ministre et favori pour cette élection s’est emporté après une question du journaliste vedette d’Écho de Moscou , réputé pour son franc-parler. « Du matin au soir, vous me couvrez de merde »,  lui a lancé Vladimir Poutine. La décision de Gazprom-Media est intervenue moins d’un mois après cet échange.

LES PRESSIONS SUR L’ECHO DE MOSCOU SE SONT RENFORCÉES DERNIERS SEMAINES AVANT LES ÉLECTIONS

Écho de Moscou  est pourtant habituée aux pressions, directes (lettres et coups de fil du parquet, de la police ou des services secrets) ou indirectes (apparition de radios concurrentes). « Mais on sent bien que les pressions se sont renforcées ces dernières semaines »,  confie à La Croix  l’une des journalistes. « Pour nous protéger, Alexeï Venediktov ne nous parle jamais de ces problèmes. Il nous dit simplement : travaille. Cela nous permet de fonctionner en toute indépendance. »

Le mandat d’Alexeï Venediktov, élu par les journalistes puis approuvé par le conseil d’administration, se termine dans deux ans. « Pourquoi alors ce changement de structure maintenant ? »,  s’interroge son adjoint Sergueï Buntman. « Cela n’aura pas d’effet éditorial. Mais c’est un geste inamical, sans doute lié à la nervosité du pouvoir depuis la vague de protestation. »

Allusion aux manifestations de l’opposition depuis les législatives de décembre. « Je ne pense pas que Poutine ait lui-même demandé à Gazprom de prendre une sanction contre nous. Mais le pouvoir ne sait pas comment réagir. Et, comme souvent dans cette structure encore très soviétique, des décisions contradictoires peuvent être prises à un échelon inférieur pour faire plaisir au sommet… »,  soupçonne Sergueï Buntman.

viaEn Russie, une radio indépendante menacée | La-Croix.com.

Pub

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


UA-4563539-4
%d blogueurs aiment cette page :