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Droits TV : «L’avenir du cinéma se joue sur un terrain de foot!»

INTERVIEW – Alain Terzian, président de l’Union des producteurs de films, monte au créneau.

Le producteur s’inquiète d’un possible affaiblissement de Canal +, le financier du cinéma, en raison des enchères organisées, le vendredi 4 avril, par la Ligue de football professionnel pour attribuer les droits du championnat de France de football.

LE FIGARO. – Pourquoi le monde du cinéma français se mobilise-t-il à propos des droits du football?

Alain TERZIAN.- Les producteurs et les réalisateurs s’étonnent des propos de Frédéric Thiriez, président de la LFP, qui a déclaré: «Il y a bien longtemps que le cinéma n’est plus un moteur d’abonnement à Canal +.» Il pense que seul le championnat de foot intéresse les abonnés. Je rappelle que depuis le début des années 1980 la chaîne repose sur deux piliers: le cinéma et le sport. Les deux sont liés. Les dirigeants de la LFP ne doivent pas être obnubilés uniquement par le fait de faire monter les enchères au seul profit du monde du football. Canal + est un partenaire historique du football en France et le championnat de L1 revêt un caractère patrimonial. Si Canal + est écarté des droits du foot, il pourrait perdre rapidement 2 millions d’abonnés. Or, ses obligations envers le cinéma sont assises sur son chiffre d’affaires et le groupe ne doit pas être déstabilisé. Ce n’est pas beIn Sports qui finance le cinéma.

Aujourd’hui, l’avenir du cinéma français se joue sur un terrain de football! Si, dans un contexte de surenchère, le football devient inaccessible pour les grands groupes hexagonaux qui financent l’exception culturelle, c’est tout le système qui s’effondrera. Nous nous retournerons alors vers le politique.

Si Frédéric Thiriez veut faire du cinéma, je suis prêt à lui proposer le rôle principal du prochain film de Claude Lelouch que je rêve de produire.

L’année 2013 a été mauvaise pour le cinéma français. Est-il dans une mauvaise posture?

Au contraire, le cinéma français est plus conquérant que jamais. Ces dernières années, il a ramassé cinq oscars avec The Artist, une palme d’or avec La Vie d’Adèle et une autre l’année précédente avec Amour. En moins de vingt ans, le nombre d’entrées en salle a pratiquement doublé et la part de marché des films français est passée de 26 % à 40 %. Le film français est un formidable produit d’appel en télé: Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon a encore rassemblé plus de 12 millions de téléspectateurs sur TF1 et son nouveau film, Supercondriaque, a déjà dépassé les 5 millions d’entrées en salle.

Le cinéma français fonctionne parfaitement et je ne vois pas pourquoi il faudrait abandonner un système qui a fait ses preuves et qui sait se renouveler. Savez-vous que plus de la moitié des films produits l’an dernier sont des premiers ou des deuxièmes films?

Pourquoi vous opposez-vous à l’arrivée de Netflix en France?

Nous sommes prêts à accueillir les nouveaux entrants du numérique, à condition qu’ils respectent les règles qui structurent le cinéma français. Si Netflix veut s’installer en France, il devra tout d’abord payer la TVA dans notre pays et non au Luxembourg. Il devra ensuite respecter l’exception culturelle, qui est un des fondements de la République. L’exception culturelle repose sur le respect de la chronologie des médias, sur les obligations d’investissements des diffuseurs, sur la participation au fonds de soutien et sur la mise en avant des quotas d’œuvres européennes. Les américains comme Warner et Paramount, qui travaillent en France depuis longtemps, respectent parfaitement l’exception culturelle car c’est un système vertueux et bénéfique pour eux.

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