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CNRA – Radio numérique et radios associatives de demain : autogestion ou multiplex poubelle ?

cnraEn mai dernier, les membres du CSA (Messieurs MEAR et ARHAB) expliquaient en primeur devant les congressistes de la CNRA comment, finalement, la radio numérique terrestre (diffusion sur la bande 3 de multiplex de plusieurs radios sous la norme TDMB) allait être lancée en France. Exit le premier appel à candidature sur 19 villes, maintien de la procédure lancée en 2008 sur seulement trois de ces 19 villes (Marseille, Nice, Paris) et lancement sur la base d’un calendrier s’étalant sur plusieurs années d’appels aux candidatures réalisés région par région sur le modèle des appels FM déjà bien connus (pour plus d’infos sur ce calendrier, consultez le site du CSA www.csa.fr ). Dans la foulée de cette annonce, le CSA lançait une consultation publique nationale à laquelle tous les futurs candidats au numérique et personnes intéressées par le sujet devaient répondre.



Même si la nouvelle position du CSA et donc sa nouvelle méthode de planification numérique sont issues de réflexions pertinentes dictées par des événements qui se sont imposées à lui et que chacun peut comprendre (libération notamment des fréquences analogiques de la télé plus rapide que prévue), force est de constater que ces « annonces/ désannonces » se sont traduites pour nos radios par la rédaction de nombreux et lourds dossiers. Ces évènements n’ont en rien facilité la compréhension par les radios associatives de ce dossier de la radio numérique pourtant vital. Pire, pour bon nombre de radios, cela a renforcé une certaine impression « d’inutilité à faire ». Combien de radios nous ont-elles dit : « le numérique, c’est comme l’armée, avant d’exécuter l’ordre mieux vaut attendre le contre-ordre ». Dans ces conditions, auxquelles il faut ajouter la problématique du financement en cours de traitement et la période estivale très compliquée à gérer pour nos structures bénévoles… tout le monde comprendra qu’il nous aura été très compliqué de répondre avec la meilleure pertinence, et en masse, à cette consultation qui pourtant risque de sceller une partie de notre destin radiophonique. Malgré tout, si beaucoup de choses sont à dire sur cette consultation et ses probables résultats, un point essentiellement abordé en marge de ce document, alimenté par les déclarations du Conseil (au congrès de la CNRA et plus récemment dans la presse économique) et aujourd’hui éclairé par les premières présélections numériques (sur les trois fameuses villes) se doit, par nous, d’être commenté en détail. Ce point concerne la constitution des futurs multiplexes.

Pour des raisons largement détaillées et qui répondent à une vraie logique, le CSA a choisi de regrouper les radios associatives entre elles dans un même multiplex. Ce choix de simple apparence technique revêt en fait pour nos radios une importance politique de premier plan.

Si l’on devait résumer (en essayant de ne pas déformer), il s’agit pour le CSA de regrouper sur un multiplex et donc au sein de la même société commerciale :
Des acteurs aux économies et logiques de financement identiques,
Des acteurs dont la finalité radiophonique « la communication sociale de proximité » soit commune,
Des acteurs qui acceptent donc dans une logique d’« autogestion » (ce sont les terme du CSA) de modifier leurs conditions d’émission en fonction des besoins possiblement changeants des uns et des autres.
Des acteurs qui devraient se mettre d’accord sur une certaine « qualité d’émission ». Celle-ci gouvernant bien souvent le coût de ladite émission.

Enfin, sans que cela n’ait été officiellement dit de permettre à la radio numérique de démarrer avec les radios commerciales, et ce, même si l’Etat n’avait finalement pas prévu le financement public de cette diffusion pour les radios associatives.

Avant de critiquer ou d’approuver cette logique et donc cette méthode, il est important de revenir sur la notion de multiplex et de bien voir ce qu’elle signifie pour nos radios. Alors qu’est ce qu’un multiplex ?

C’est avant tout une société commerciale (SA, SARL ou SAS…) constituée spécialement pour organiser la diffusion de plusieurs éditeurs radios sur une seule fréquence.

Cette société peut être détenue en tout ou partie (on parle de son actionnariat) par les radios qu’elle diffuse. Dans l’état actuel de nos connaissances, il semble qu’à chaque multiplex corresponde une société.

Ces trois premiers points ont des conséquences précises :

Dès lors que vous serez dans un multiplex, vous serez donc solidairement responsable des actions des autres radios en tant que « coactionnaires » de ce multiplex. L’exemple le plus simple pour comprendre les implications d’une telle situation est le suivant : si une ou plusieurs radios se mettaient à ne pas régler les factures mensuelles, vous devrez à terme le faire à leur place. Certes des systèmes d’assurance pourront être mis en place mais avec les limites qu’on leur connaît. Ne vous attendez pas à une dilution des responsabilités ou à une solidarité nationale. Non, car il n’y aura pas une société de multiplex pour 600 radios associatives mais bien au moins 300 sociétés de multiplex regroupant chacune de 6 à 12 radios (voire plus ?). Une radio associative émettant en FM sur un territoire large couvert par plusieurs émetteurs FM devra très certainement siéger (voire administrer) dans plusieurs sociétés de multiplex avec toutes les complications et coût que cela induira.

La première vraie question est donc simple : dans le monde très « bisounours » que l’on nous présente où l’autogestion serait la solution à tout nos futurs possible problème, posez-vous la question de savoir si vous êtes prêts pour ce type de mariage ? Si vous préférez avec seriez vous prêt à assumer cette « jolie polygamie ».

La première vraie question est donc bien de savoir si le mariage par catégorie de radios est par « définition » (formant en quelque sorte une forme d’axiome naturel) la meilleure des solutions pour constituer des multiplexes. Soyons clairs un certain nombre de radios de catégorie A revendique bien le fait de pouvoir être ensemble, mais d’autres préfèreront (en connaissance de cause) une certaine mixité (mélanges de catégories) dans leur mariage. En effet, la réalité des relations de confiances ne suit visiblement pas toujours seulement la notion de catégorie.

Poussons un peu plus l’analyse :

Un multiplex, ce sont également des éléments techniques précis sur lesquels il nous faut revenir. Pour cela, faisons une comparaison entre les problèmes de gestion immobilière et ceux de la gestion : Chaque multiplex possède la même bande passante totale. Par analogie à l’immobilier, on peut dire que chaque multiplex est un immeuble de 1500 m2 que ces locataires/propriétaires doivent aménager entre eux. Les multiplex possèdent une partie de bande de fréquences inexploitable. Appelons çà les parties communes dont nous fixons (arbitrairement) la surface à 200 m2. Il nous reste donc d’exploitable par multiplex pour l’ensemble de ses éditeurs 1300 m2. Attention, chaque radio d’un multiplex a des impératifs en dessous desquels elle ne peut exister. Pour diffuser un signal audio équivalent à la FM, il faut pouvoir avoir une bande passante d’un minimum 64 kb/s et qui se situe en fait plutôt à 96 kb/s. Certaines voix, dont on peut se demander si elles sont bien intentionnées, prétendent que 32 kb/s suffisent, c’est faux. Si l’on reprend notre analogie immobilière, on considère que la transposition FM correspondrait à notre minimum vital. 96 kb/s correspond à un appartement avec deux chambres, une salle d’eau avec douche, un espace « cuisine – salon – salle à manger ». 64 kb/s c’est encore viable mais fini la deuxième chambre (pour une stéréo flatteuse par exemple) et l’espace salon. 32 kb/s, alors là, vous dites adieu à la douche, la cuisine devient une kitchenette avec pour seule place le micro onde. Bref, dans tous les cas, vous vous douchez ailleurs et quand vous voulez réellement manger, vous allez au restaurant. Ah j’oubliais, la chambre est mansardée et vous entendez très bien les voisins ce qui rend votre vie (surtout vos nuits) infernale, ce d’autant plus que vous êtes passé en surpoids compte tenu de votre régime alimentaire forcé (nous aurons la décence de ne pas parler hygiène mais tout le monde aura compris). Diffuser un signal audio et des données associées formant l’une des vraies plus-values de la radio numérique tout en préservant une bonne qualité sonore réclamera donc au minimum 128 kb/s. Reprenons notre analogie avec l’immobilier comparativement au cas 96 kb/s, vous pouvez dissocier la « cuisine – salle à manger » du salon. La différence est simple, dans le premier cas vous vivez proprement (96 kb/s). Dans le second, vous vous mettez enfin à vivre socialement en pouvant recevoir des personnes et partager avec elles des contenus (images, photos…) Diffuser un signal audio, des données associées et créer avec l’auditeur une forme d’interactivité constituent la vraie finalité de la radio numérique et de sa norme TDMB. Les besoins sont alors de 160 kb/s en terme de bande passante. Là aussi transposons à l’immobilier. A l’appartement précédant, vous ajoutez des WC séparés de la salle d’eau et surtout une terrasse de plein air ouvrant sur le monde extérieur, c’est-à-dire, ouvrant vers l’espace public et les autres terrasses privées. Vous ouvrez votre espace (les architectes vous expliqueraient bien mieux ce genre de notions comme ces implications) et vous pouvez mettre en place une zone d’échanges (d’interactivité ou d’interaction) entre vous et vos auditeurs. Ces éléments précisés, sachez que contrairement à ce qui a été affirmé, il semble assez simple de créer et gérer des données associées ou/et des BIFS (données interactives), comme il est extrêmement simple d’utiliser correctement un appartement avec terrasse.

Maintenant que nous avons survolé ces aspects juridico-structurels et techniques, nous pouvons vous livrer quelques réflexions :

La qualité d’un lieu de vie que forme un immeuble est bien souvent gouvernée par son emplacement et les services qui l’entourent. Habiter dans une zone industrielle ou dans un quartier dit sensible, ce n’est pas pareil qu’habiter dans un quartier résidentiel. Par analogie, ces éléments correspondent en radio numérique aux conditions d’émission. Elles sont gouvernés par l’emplacement du site, la puissance du multiplex et son niveau d’équipement. Ah au fait, sachez que tous les multiplex d’une zone de couverture ne peuvent être abrités au même endroit. En clair, si vous êtes dans le mauvais multiplex …. Pas de chance ! De façon très grossière, il faut bien se représenter que des radios acceptant de diffuser en n’utilisant que 32 kb/s pourront se retrouver jusqu’à 40 dans le même immeuble, là où celles qui ont obtenu 160 kb/s se retrouveront à peine à 8. Nous vous laissons imaginer la gestion d’un immeuble de 1500 m2 comptant 40 colocataires. Si vous préférez, sera-t-il plus simple de cogérer à 8 ou à 40 ? Dans le cas où vous vivriez dans un immeuble aussi surchargé et comportant, du coup, aussi peu de confort vos amis (les auditeurs) qui partagent aussi de bonne foi leur amitié avec des personnes qui vivent à 8 dans un immeuble similaire, viendront-ils chez vous avec autant de facilité, d’envie et de régularité plutôt que chez les autres ? Vous avez la réponse ? Bien sûr, face à ce risque de ghettoïsation, certaines agences immobilières ou promoteurs vont vous expliquer que les murs sont en fait mobiles. En cas de besoins ponctuels, si la copropriété est d’accord, vous pourrez bénéficier d’une surface plus grande généreusement offerte pour l’occasion par l’un de vos voisins de palier (A oui, l’autogestion c’est aussi ça). Au fait, qui accepterait de prêter son salon ? sa cuisine ou sa salle de bain ? Ah au fait toujours, notamment si vous êtes déjà 40. Il vous restera dans ces moments-là les toilettes et encore ! Mais il est vrai que la misère est ce qui se partage, paraît-il, le mieux.

Au terme de ces explications et de ces réflexions aux traits à peine forcés, vous comprenez bien que les choix de procédures, les choix techniques, ainsi que les choix en terme d’opportunité de mise en œuvre cachent pour nous de vrais et importants choix politiques.

Vous comprendrez aussi pourquoi les radios commerciales, à l’issue de la première présélection opérée par le CSA (sur Paris, Nice et Marseille), parlent de « multiplex poubelles » quand elles parlent des multiplex de catégorie A. Des multiplexes qui abritent jusqu’à 14 radios associatives quand les multiplexes des radios commerciales n’excédent pas 8 radios.

Dans un contexte où l’on parle de plus en plus de purement et simplement supprimer l’usage analogique de la bande Fm tout le monde comprendra que la CNRA ne puisse accepter que nos radios soient traitées comme des médias de seconde zone. Si la CNRA n’est pas opposée au regroupement des « Catégories A » entre elles dans un même multiplexe elle souligne avec force que cela : Ne peut être un dogme, Ne peut être le prétexte à organiser des multiplex de 10, 12 voire 14 radios, là ou les radios commerciales sont regroupées par ensemble de 8. Ne peut être un prétexte à empêcher les radios associatives à utiliser l’ensemble des possibilités d’expression qu’ouvre la diffusion numérique. Ne peut être un prétexte à organiser des appels à candidature, confiscatoire, réservé à certaines radios nationales. Ne peut être le moyen de refuser la dimension « territoriale » ainsi que la volonté des opérateurs à se regrouper entre eux pour former les multiplexes de leur choix.

Pour la CNRA, il est impératif que les résultats de la dernière consultation publique lancée par le CSA soient restitués au cours d’une réunion regroupant tous les acteurs de la radiodiffusion afin que nous prenions actes des choix finalement arrêtés et que nous puissions réellement participer à leur élaboration finale.


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1 Comment on CNRA – Radio numérique et radios associatives de demain : autogestion ou multiplex poubelle ?

  1. Interessant de voir comment, si rien n’est fait, les associatives vont se faire dégager…

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