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Bolloré n’exclut plus la fermeture de Canal+

NICOLAS MADELAINE / JOURNALISTE MÉDIAS |

Vivendi a levé une ambiguïté  : on pourra toujours s’abonner à BeIN Sports en solo même si un accord d’exclusivité est signé entre Canal+ et le groupe qatari.

Une menace et une concession. A l’occasion de l’Assemblée générale de Vivendi ce jeudi, Vincent Bolloré, le président de son conseil de surveillance, a prévenu qu’il n’était pas interdit d’imaginer une fermeture de la chaîne cryptée française Canal+ si ses pertes n’étaient pas jugulées. En revanche, le groupe a levé une ambiguïté afin de se donner plus de chance d’obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence pour son accord d’exclusivité avec BeIN Sports. On pourra toujours s’abonner aux chaînes sportives du groupe qatari séparément même s’il y a accord, a expliqué Stéphane Roussel, DG en charge de l’opérationnel chez Vivendi.

« On dit que je suis la cause des pertes, mais j’en suis la conséquence et peut-être la solution, » a d’abord expliqué Vincent Bolloré avant de faire un dégagement sur Canal+ sur un ton assez libre. Pour l’homme d’affaires breton, Canal+ est un maillon essentiel si Vivendi veut être « ce groupe européen capable de rivaliser avec les géants de l’Internet », actuellement tous américains et asiatiques. Cependant, Vivendi est majoritairement détenu par des fonds anglo-saxons, et il n’est pas question que les six chaînes françaises Canal+ (Canal+, Canal+ sport, Canal+ cinéma, Canal+ séries…) continuent à perdre 410 millions en résultat opérationnel, comme cela devrait être le cas cette année, a expliqué Vincent Bolloré.

« Si on ne peut pas avoir BeIN Sports , on ne pourra pas financer indéfiniment les pertes des chaînes de Canal, a-t-il alerté en direction de l’Autorité de la concurrence, des fans de foot, des instances de direction des sports, qui vendent cher leurs droits de diffusion, ainsi que du milieu du cinéma, dont Canal est le principal bailleur de fonds. A Dieu ne plaise, mais notre activité de fabrication de chaînes ne marche pas et cela pourrait s’arrêter ». Selon lui, on pourrait imaginer un groupe Canal+ avec Canal Overseas (1,5 milliard de revenus, 250 millions de bénéfices), CanalSat (1,5 milliard de revenus et 250 millions de profits), les chaînes gratuites (« D8 et D17 sont rentables, la seconde plus que la première », a-t-il dit), StudioCanal (500 millions de revenus, 50 millions de profits), mais sans la chaîne cryptée et ses déclinaisons..

25 millions de pertes pour iTélé

Le retour à l’équilibre de Canal en France dépendra en grande partie de l’accord avec BeIN. La confirmation que l’exclusivité ne serait pas totale, sûrement sous la pression de l’Autorité de la concurrence et des concurrents de Canal dans la télé, risque d’inquiéter les investisseurs. « On pourra continuer à s’abonner à BeIN en solo mais ce sera Canal quand même qui enverra la facture aux clients, a précisé Stéphane Roussel en marge de l’AG. On pourra leur faire des propositions. Nous voulons donner plus de lisibilité à notre offre sport, la structurer un peu comme celle de Sky en Angleterre ». Stéphane Roussel est confiant dans le fait que l’investissement (entre 1,5 milliard et 2 milliards) devrait être rentable en 5 ans.

Vincent Bolloré a assumé son manque de popularité au sein de la chaîne cryptée, qu’il pousse à faire des économies. « Quand vous envoyez 50 personnes au Festival de Cannes au lieu de 469 personnes, vous n’êtes pas populaire », a-t-il ironisé en expliquant que le groupe avait 1.350 informaticiens et qu’il fallait rationaliser « sans faire de plan social ».

 Alors qu’il a justifié ses investissements dans Mediaset et Telecom Italia notamment par le fait que l’Italie se réformait et que « l’écart se creusait avec la France », Vincent Bolloré a également abordé le cas iTélé, la chaîne info du groupe. « Les pertes de iTélé totalisent 16 millions en 2014, 20 millions l’an dernier et 25 millions en 2016 et ce avant l’arrivée de concurrents qui ne sont pas des manchots comme LCI, du groupe TF1, et la chaîne publique payée par l’Etat, c’est-à-dire nous, a expliqué Vincent Bolloré. On veut des résultats au moins positifs. »

Vincent Bolloré a conclu en expliquant qu’il trouvait « intéressant sur le plan moral » de créer un champion mondial des contenus qui soit français ou latin. Il souhaite que ce soit également intéressant financièrement. « J’ai mis 4 milliards d’euros », a-t-il dit en disant espérer que « ce n’est pas de la daube, mais ça peut m’arriver de me tromper ».

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