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Aude Lancelin : « Il y a un trou d’air dans la vie intellectuelle française »

INTERVIEW – L’ancienne directrice adjointe de L’Obs, Aude Lancelin, raconte son licenciement dans un livre polémique qui interroge la gauche et le pouvoir.

L’affaire a fait du bruit. Une quarantaine d’intellectuels, dont Emmanuel Todd et Alain Badiou, ont pris la plume pour dénoncer son éviction politique. Pourquoi Aude Lancelin, la talentueuse directrice adjointe de L’Obs, a-t-elle été licenciée en mai 2016? L’hebdomadaire de gauche avance une simple raison managériale. Aude Lancelin, compagne de l’économiste radical Frédéric Lordon, évoque d’autres pistes : une intervention de François Hollande, irrité par la trop grande place offerte à la gauche radicale dans un hebdomadaire social-démocrate, et un trio d’actionnaires (Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse) trop proches du pouvoir en place. Le Journal du Dimanche a décidé de donner la parole à Aude Lancelin. Le Monde libre (Les liens qui libèrent, 240 p., 19 €), en librairies mercredi, bien au-delà des portraits cruels de journalistes et intellectuels parisiens, pose à sa manière le problème de la liberté d’expression.

Comment jugez-vous la vie intellectuelle en France, manque-t-elle justement de courage?
De courage, je ne dirais pas ça. Mais il y a eu un véritable trou d’air, un spectaculaire affaissement de la vie intellectuelle française depuis une trentaine d’années et les médias y ont largement contribué. Pendant les années 1990 et 2000 notamment, la plupart ont entièrement truqué les éléments du débat au profit d’imposteurs et poussé toutes sortes d’énergumènes toujours violemment réactionnaires sur le devant de la scène. L’esprit public en a été durablement abîmé. Nous allons mettre du temps à remonter cette pente-là.

Le livre dénonce une gauche de plus en plus à droite. Qu’est-ce qu’être de gauche aujourd’hui?
Avant tout, c’est défendre le faible contre la myriade d’exploitations variées que le fort est en train de réinventer sous couvert de « modernité ». Le contraire du « monde Uber » et du « monde El Khomri » prônés par les Valls et les Macron, en somme. En faut-il de l’impudence, et même de la perversion, pour se dire de gauche quand on œuvre sans relâche à la destruction de ce qui protège encore les plus démunis! Ce qui s’est passé ces cinq dernières années est à cet égard voué à entrer dans l’Histoire.

« L’affaire a fait du bruit. Une quarantaine d’intellectuels, dont Emmanuel Todd et Alain Badiou, ont pris la plume pour dénoncer son éviction politique. Pourquoi Aude Lancelin, la talentueuse directrice adjointe de L’Obs, a-t-elle été licenciée en mai 2016? L’hebdomadaire de gauche avance une simple raison managériale. Aude Lancelin, compagne de l’économiste radical Frédéric Lordon, évoque d’autres pistes : une intervention de François Hollande, irrité par la trop grande place offerte à la gauche radicale dans un hebdomadaire social-démocrate, et un trio d’actionnaires (Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse) trop proches du pouvoir en place. Le Journal du Dimanche a décidé de donner la parole à Aude Lancelin. Le Monde libre (Les Liens qui Libèrent), en librairies mercredi, bien au-delà des portraits cruels de journalistes et intellectuels parisiens, pose à sa manière le problème de la liberté d’expression. »

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