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Attentat de Tunis: les chaînes d’info à nouveau pointées du doigt

«Nous restons journalistes avant tout, mais il est vrai que désormais nous travaillons dans une instabilité juridique», s’insurge Céline Pigalle, la directrice de la rédaction d’iTélé, après un début de polémique sur les réseaux sociaux. La raison? Un mois après la décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de sanctionner lourdement les médias pour avoir mis en danger la vie de personnes lors des prises d’otages à Paris en janvier, l’histoire se répète.

Mercredi, à Tunis, pendant l’attaque du Musée du Bardo par des terroristes, deux chaînes d’information, iTélé et BFMTV, ont diffusé le témoignage d’une même Française, Géraldine, retranchée au troisième étage du musée avec 40 autres touristes français. «C’est la sœur de Géraldine qui nous a contactés. Vers 13 heures, nous avons eu Géraldine au téléphone qui, à ce moment, se sentait en sécurité et a accepté de témoigner. Mais, pendant l’interview, des échanges de tirs ont de nouveau retenti et le rédacteur en chef de la tranche d’information a décidé d’interrompre la conversation», raconte Céline Pigalle.

BFMTV a également été contactée par la sœur de la même Géraldine, présente dans le musée. La chaîne d’information a alors recueilli son témoignage par téléphone, mais a changé son prénom en Fabienne. «Mais nous avons décidé de ne pas diffuser ce témoignage en direct. Il faut préciser que Fabienne se trouvait dans le musée, mais elle n’était pas du tout otage», explique Hervé Béroud, le directeur de la rédaction de BFMTV.

Le CSA analyse les faits

«Forcément tout le monde fait le parallèle avec l’Hyper Cacher. Mais aucune situation ne peut se comparer et les journalistes doivent arbitrer en permanence suivant leur expérience», met en garde Céline Pigalle qui poursuit: «Je sens poindre une petite musique sur les réseaux sociaux de twittos qui nous accusent bien vite d’être des irresponsables. Mais après les attentats à Paris, nous avons effectué un immense travail de réflexion sur l’exercice de notre métier. Nous ne le pratiquons plus comme avant. Cependant, le journalisme consiste toujours à informer sur ce qui se passe et à recueillir des témoignages», assène Céline Pigalle.

«Le journalisme consiste toujours à informer sur ce qui se passe et à recueillir des témoignages»

Céline Pigalle, directrice de la rédaction d’iTélé

Le CSA, gendarme du secteur, a étudié la question durant sa plénière de mercredi. Contacté, il explique «qu’à ce stade le conseil analyse le compte rendu des événements tragiques qui se sont déroulés». Il ne peut pas encore se prononcer sur la suite.

Mais le moment est grave. Le CSA a déjà infligé des mises en demeure aux médias, ce qui équivaut à un véritable carton jaune. Si l’affaire va plus loin, le CSA pourrait alors sortir un carton rouge, qui va d’une sanction pécuniaire au retrait pur et simple de l’autorisation d’émettre. Ce qui signifie ni plus ni moins qu’un écran noir. Le différend entre les médias d’information et le régulateur de l’audiovisuel pourrait alors s’envenimer.

«Le conseil analyse le compte rendu des événements tragiques qui se sont déroulés»

Le CSA

En février dernier, quand une quinzaine de chaînes et de radios ont été mises en demeure, ces dernières ont décidé de contre-attaquer. Dans une lettre ouverte, elles avaient estimé que l’information était «menacée» par les sanctions et que cette décision pourrait les conduire à faire de l’autocensure. «Sous le coup de ces sanctions, comment continuer à informer? Dans quelle autre grande démocratie reproche-t-on aux médias audiovisuels de rendre compte des faits en temps réel?»

La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, s’en était à son tour mêlée. «Nous allons faire en sorte, avec le ministre de l’Intérieur et avec la ministre de la Justice, de donner un cadre plus clair aux journalistes et aux chaînes de télévision, notamment celles qui travaillent en continu.»

Malheureusement, la probabilité de nouveaux attentats est importante. Les médias ont donc besoin de clarification.

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