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Agora Vox – Jean-Luc Hees… sur l’Album de la Comtesse !

Jean-Luc Hees… sur l’Album de la Comtesse !
Voilà bientôt deux ans que la nouvelle direction voulue par le Président de la République est en place à Radio France. M. Jean-Luc Hees y a été nommé le 12 mai 2009. Sans prétendre dresser un bilan fastidieux de cette nouveauté, on peut néanmoins relever nombre d’exemples convergents qui définissent les traits du type d’information propre à ses stations.

I- La censure des humoristes trop irrévérencieux envers le pouvoir

Le plus visible de ces traits est bien sûr la censure de l’humoriste trop irrévérencieux envers le pouvoir. Stéphane Guillon et Didier Porte n’ont pas tenu plus d’un an. Ils ont été licenciés à la fin du mois de juin 2010.

Le premier avait joliment brocardé M. Strauss-Kahn, accusé de harcèlement sexuel par une employée hongroise au FMI dont il est le directeur : il avait imaginé un plan de prévention hilarant à l’arrivée de l’intéressé, invité quelques minutes plus tard à l’antenne ; les femmes étaient astreintes à une austère tenue vestimentaire, une sirène devait se déclencher en cas d’alerte lubrique pour une évacuation des lieux (1). Le second avait de manière moins heureuse moqué la rivalité entre M. de Villepin et M. Sarkozy : il l’invitait à se purger de sa haine dans sa voiture avant d’atteindre le studio de France Inter en des termes orduriers goûtés des collégiens dits en difficulté.

Gérald Dahan, l’un des humoristes successeurs, a encore tenu moins longtemps puisque, dès la fin octobre 2010, il était remercié : il faut dire qu’il s’était payé la tête de Mme Alliot-Marie, alors ministre de la Justice, en sa présence : « Les procédures sont transparentes, grinçait-il, sarcastique, les juges sont libres de faire ce qu’ils veulent, les procureurs sont indépendants, la justice est respectée. Gérer les crocs de boucher pour y pendre Villepin, les affaires Woerth pour protéger l’UMP, organiser les arrangements avec Delanoë pour sauver le soldat Chirac. Votre quotidien, c’est pas la justice, c’est « Le Parrain n°4 » ! Pour faire votre job, il ne faut pas être trop à cheval sur les principes, sinon tu tombes ! » (2)

II- Le manque de pluralisme d’opinions

Fort logiquement, cette censure des humoristes s’est accompagnée d’un manque de pluralisme d’opinions. C’est, curieusement, le nouveau directeur de France Culture, M. Poivre d’Arvor, qui l’a lui-même dénoncé en prétendant y remédier par un réaménagement de sa grille du matin à partir de janvier 2011. En diplomate qu’il est, il a inventé un euphémisme et parlé, en décembre 2010, d’un manque de « mixité politique » (3). Le jeu de chaises musicales pratiqué n’y a rien changé.

C’est ainsi que Radio France est devenu la voix de l’idéologie de la minorité dominante, comme le président Pompidou parlait autrefois du service audiovisuel public comme de « la voix de la France ».

1- La promotion du communautarisme et du multiculturalisme est une de ses croyances inlassablement martelées.

* Le projet de loi sur la burqâ a été systématiquement combattu. L’un des deux animateurs de « La rumeur du monde » sur France-Culture, M. Jean-Claude Casanova s’est prononcé résolument contre (4).

* L’avis défavorable à ce projet de loi rendu par le Conseil d’État a été célébré et sur France Culture et sur France Inter (5).

* Une émission d’Arte a-t-elle eu le front de dénoncer les ravages d’une culture islamiste en banlieue dans un reportage intitulé « La cité du mâle » ? Dès le lendemain ont été dénoncées sur France Culture une stigmatisation injuste et une enquête partiale (6).

2- La représentation partiale d’une affaire

C’est qu’en matière de partialité, France Culture et France Inter s’y connaissent. En octobre et novembre 2010, les deux stations ont traité avec partialité l’affaire du reportage de France 2 sur la mort du jeune Mohammed Al Durah, diffusé le 30 septembre 2000. Les images montrées sont soupçonnées d’être un montage par Philippe Karsenty en particulier, avec des arguments sérieux que la justice a pris en considération puisqu’elle l’a relaxé en appel dans le procès en diffamation intenté contre lui par la chaîne. Or, les deux stations de Radio France ont livré une version unilatérale en omettant de faire connaître précisément les appréciations de la cour d’appel favorables à la thèse de Philippe Karsenty (7) qui méritent d’être connues même si on attend l’arrêt de la cour de cassation saisie par France 2.

3- La falsification du « canular Émile Ajar » monté par Romain Gary

On a été tout aussi surpris de voir un pilier de France Culture, M. Jean-Noël Jeanneney, falsifier les raisons du « canular Émile Ajar » monté par Romain Gary dans les annés 70. Aurait-il voulu ménager le microcosme parisien des lettres avec « (ses) coteries, (ses) cliques à claques, copinages, renvois d’ascenseur, dettes remboursées ou comptes réglés », qu’a justement voulu ridiculiser Romain Gary par ce canular (8) ?

4- Le mur de Berlin, utilisé dans une opération d’influence libéraliste

Le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, en novembre 2009, a été, lui, l’occasion d’une intense opération d’influence, appelée de façon indécente, « Radio France fait le mur », sous prétexte que le groupe se déplaçait à Berlin. Le régime soviétique déchu a été évidemment opposé au libéralisme triomphant qui, malgré ses insuffisances concédées, était présenté comme la seule voie ouverte à l’avenir de l’humanité. L’actualité française a été soumise de façon aussi indécente à la métaphore berlinoise : la journaliste de service du journal de 13 h, C. Servajean, a ainsi parlé du « mur d’incompréhension entre la direction et les syndicats en grève » à la RATP. Et le flagorneur porte-parole de l’UMP, F. Lefebvre, n’a rien trouvé de mieux, pour célébrer le bilan du président Sarkozy à mi-mandat, que de parler de « la chute du mur de l’immobilisme » (9) !

5- La ministre de l’économie et des finances donné en exemple de la femme accomplie

Qui, d’autre part, interviewe-t-on, le 8 mars 2011, au journal de 13 heures de France Inter présenté par la même Servajean pour offrir aux auditeurs un exemple de femme accomplie ? La ministre de l’économie et des finances, Mme Lagarde ! N’y a-t-il pas mieux en magasin ?

6- Le plaidoyer extravagant d’un chiraquien envers son ancien patron

Ou encore, dans un plaidoyer exravagant en faveur de son ancien patron traîné en justice pour des délits supposés de détournement de fonds, d’abus de confiance et de prise illégale d’intérêts, un chiraquien peut bien réduire ces méthodes clientélistes à de la simple « resquille » sans gravité, au même journal de 13 heures, le 7 mars 2011 : aucune contradiction ne lui est opposée (10).
7- Un débat culturel soumis à des plans médias promotionnels

Enfin, le débat culturel peine à échapper à la simple promotion d’ouvrages qui parfois ne sont même pas encore publiés quand il en est parlé, tant Radio France paraît soumise aux plans-médias d’éditeurs et producteurs privilégiés. Car il semble que, pour être invité sur ses antennes, il faille « avoir la carte », comme disait Philippe Noiret. Fabrice Luchini l’a incontestablement : 13 minutes de délire de potache lui ont été accordées dans le « 7/9 » un dimanche matin de février 2011 : l’animatrice Patricia Martin qui l’interviewait, s’est contentée de lui servir la soupe en lui tenant même la cuiller, c’est-à-dire de le flatter (11).

Une addiction à l’information indifférente, instrument astucieux d’une censure discrète

Ce manque de pluralisme est enfin associé, comme il se doit, à une addiction à l’information indifférente, instrument astucieux d’une censure discrète. Cette variété d’information est sans doute donnée volontairement mais parce qu’elle ne contrarie aucun intérêt tout en en servant quelques uns, et, surtout, en étant l’instrument d’une censure discrète par la place abusive qu’elle occupe dans un espace et un temps exigus de diffusion de l’information : ce sont les informations relatives au temps, aux truismes, aux sports, aux stars, aux modes d’emploi, aux faits divers pourvoyeurs d’audience par le réflexe de voyeurisme qu’ils stimulent.

1- Un fait divers dont on ne sait rien

France Inter aime le fait divers sanglant même quand aucune information n’est encore disponible. La radio peut y consacrer de longues minutes à répéter la même chose au mot près. Ainsi l’agression dont est victime un lycéen, le 8 janvier 2010, ouvre-t-elle le journal de 13 h alors qu’on ne sait encore rien des circonstances. Le verbe « poignarder » est répété sept fois et l’état alarmant de la victime est ressassé à plaisir en plusieurs variantes : « L’état du blessé est, semble-t-il, très inquiétant » – « L’élève est, semble-t-il, dans un état très grave » – « ses jours sont en danger actuellement » – « (il) est dans un état très grave ; il se trouverait entre la vie et la mort ».

La hiérarchie des informations du jour est à elle seule un manifeste édifiant de la représentation que la radio se fait de l’information : 1- la tentative de meurtre d’un lycéen dans un lycée de la région parisienne, 2- les intempéries avec les joies et embarras de la neige, 3- l’annulation d’un débat du ministre Besson dans le Pas-de-Calais, 4- la nouvelle profession d’avocate de l’ancienne ministre Dati, 5- les vœux du président de la République aux armées, 6- l’inquiétude des Coptes victimes d’un attentat sanglant en Égypte, 7- la polémique sur la gestion de la grippe A par le gouvernement analysée par un sociologue. (12)

2- 18 minutes sur un remaniement ministériel dont on ne sait encore rien

Le remaniement ministériel français a donné lieu aussi à un accaparement de l’antenne au journal de 13 h de France Inter, soit 18 minutes sur 22, le dimanche 14 novembre 2010, alors que la composition du gouvernement n’a été connue que dans la soirée. Il va de soi que les journalistes en étaient réduits à bavarder. Le temps ainsi passé à pérorer permet par une censure discrète d’exclure les autres informations qui ne trouvent pas de place pour être traitées (13).

3- Deux publicités trompeuses de Radio France

Sans doute est-ce une illustration des publicités de Radio France.

– L’une est inscrite sur la bâche qui recouvre les travaux en cours sur les immeubles de Radio France et annonce à tout Paris : « C’est bien la première fois que nous avons quelque chose à vous cacher. » (14) Comment oser pareil leurre grossier, quand informer, c’est autant faire connaître que dissimuler, car la masse d’informations disponibles et l’exiguïté du temps et de l’espace de diffusion oblige à choisir, c’est-à-dire à retenir et à exclure ? On ne transvase pas le contenu d’un tonneau dans une bouteille, à Radio France comme ailleurs.

– L’autre publicité a prétendu livrer « L’info à vif », selon un slogan d’une campagne de France Info (15). Pareille formule est insensée. L’exemple du lycéen agressé comme celui du remaniement ministériel montre déjà qu’on ne sait pas grand chose dans l’instant où l’événement se produit. Surtout « L’info à vif », n’est, en fait, qu’une traduction masquée de la notion « l’information en direct », c’est-à-dire saisie « im-médiatement », sans le filtre ou l’écran des médias, comme si on accédait « directement » à « un fait ». Or, rien n’est plus erroné. Seule est accessible « la représentation plus ou moins fidèle d’un fait ».

4- Le leurre d’appel humanitaire pour faire diversion

Enfin, une pareille idéologie de l’information qui manipule les esprits, trouve dans le leurre d’appel humanitaire un masque avantageux pour faire diversion et offrir d’elle-même une représentation compatissante qui stimule le réflexe d’adhésion des naïfs. Radio France n’a rien trouvé de mieux, en décembre 2010, que de faire participer pendant une semaine certains de ses journalistes et animateurs au « Jeu des 1.000 euros » de France Inter pour offrir généreusement leurs gains à une œuvre humanitaire en faveur d’Haïti éprouvée par un tremblement de terre onze mois plus tôt (16) . Est-ce l’humanitarisme qu’on attend d’une chaîne de radio du service public ou la plus grande rigueur possible dans la diffusion de l’information ?

Censure des humoristes trop irrévérencieux envers le pouvoir, manque de pluralisme des opinions et addiction à l’information indifférente comme instrument de censure discrète, voilà trois traits du type d’information que délivre aujourd’hui Radio France. On ne peut pas ne pas corréler ce sombre tableau avec la nouvelle procédure de nomination de son président par le président de la République. Les humoristes évincés auraient eu matière à sketchs sarcastiques. Et pour ne pas s’exposer aux représailles comme il l’a fait bêtement à propos de MM. de Villepin et Sarkozy, ne suffirait-il pas cette fois à Didier Porte de scander innocemment le prénom et le nom du président de Radio France : Jean-Luc Hees « sur l’album de la Comtesse » ? Il n’est pas si fréquent d’avoir un patron dont le prénom et le nom se prêtent à une contrepèterie vengeresse. Paul Villach

(1) Paul Villach, « DSK « dynamité » par Stéphane Guillon sur France Inter, « façon puzzle » : méchanceté ou critique légitime ? », AgoraVox, 23 fvrier 2009.

(2) Paul Villach, « Gérald Dahan licencié par France Inter après une critique implacable de l’institution judiciaire », AgoraVox, 1er novembre 2010

(3) Paul Villach, « Manque de pluralisme sur France Culture ? Non ! de « mixité politique », dit son directeur », AgoraVox, 10 décembre 2010

(4) Paul Villach, « Le débat sur « l’identité nationale » fait déjà tomber les masques à défaut des voiles pour le moment », AgoraVox, 15 décembre 2009

(5) Paul Villach, « Cette indécente danse du ventre du Conseil d’État devant la burqa », AgoraVox, 19 mai 2010.

(6) Paul Villach, « « La cité du mâle » : France Culture a tenté de discréditer l’émission d’Arte », AgpraVox, 1er octobre 2010

(7) Paul Villach
– « La partialité délibérée de France Inter et de France Culture dans l’affaire Al-Durah », AgoraVox, 19 octobre 2010
– « L’agent secret X jette le masque avec France Inter dans l’affaire Al Durah », AgoraVox, 2 décembre 2010.

(8) Paul Villach, « Une émission de France Culture falsifie les raisons du « canular Émile Ajar » monté par Romain Gary », AgoraVox, 17 août 2010.

(9) Paul Villach, « Radio France à Berlin sur la chute du mur : le leurre de la vaccine ! », 10 décembre 2009.

(10) Paul Villach, « L’extravagant plaidoyer d’un chiraquien en faveur de son ancien patron », AgoraVox, 9 mars 2011

(11) Paul Villach, « Fabrice Luchini, l’autodidacte, dans un triste numéro de potache », AgoraVox, 21 février 2011

(12) Paul Villach, « Meurtre « à la une » d’un lycéen : la manipulation discrète des esprits par France Inter », 11 janvier 2010.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/meurtre-a-la-une-d-un-lyceen-la-67980

(13) Paul Villach, « Fillon 2 ou 3 : « mayonnaise » et « encéphalogramme plat » sur France Inter ! », AgoraVox, 16 novembre 2010

(14) Paul Villach, « Ce leurre pernicieux que de son échafaudage Radio France répand dans Paris », AgoraVox, 31 août 2009

(15) Paul Villach, « L’info à vif » ? France Info pêche ses auditeurs « au vif » ? », 3 décembre 2009

(16) Paul Villach, « Que cache Radio France sous ses dentelles humanitaires ? », AgoraVox, 22 décembre 2010.

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