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AFP: Boom de la presse en « Libye libre »

BENGHAZI — Les kiosques débordent de journaux, la radio chante les louanges de l’insurrection, la rébellion planche sur la création de sa chaîne de télévision: les médias respirent et foisonnent en « Libye libre ».

« Pendant les 42 dernières années, il y avait seulement Kadhafi à la télévision. Nous travaillions pour lui parce que nous étions payés et qu’il fallait bien nourrir la famille, mais le coeur n’y était pas », confie Salim Fakhi, qui a oeuvré pendant 35 ans à la télévision nationale libyenne.

Aujourd’hui, cet homme de 54 ans, cheveux poivre et sel, lunettes sur le bout du nez, travaille avec son collègue Abdelrahim Farawi aux premiers programmes d’une chaîne de télévision en gestation « Libya al-Hurra » – +Libye Libre+, sous l’égide du Conseil national de transition (CNT), organe officiel de la rébellion qui contrôle l’est du pays.

Les nouvelles autorités n’ont pas encore de signal sur les satellites Nilesat ou Arabsat pour lancer leur chaîne, mais travaillent néanmoins à la programmation de cette station à venir.

« Pendant 42 ans, c’était un +one-man show+. Maintenant, nous allons accorder la liberté d’expression, la diffusion de tous les points de vue », assure Mohammed Fannoush, chef des médias au CNT. Et les opinions kadhafistes? « Dans le futur, même ces points de vue (seront diffusés), mais durant la guerre, non ».

L’antenne de la radio nationale à Benghazi, devenue la radio de la « Libye Libre » depuis l’insurrection à la mi-février, diffuse en FM dans l’est du pays et en AM pour donner des nouvelles de la révolution à la population vivant dans des zones sous contrôle gouvernemental.

« Libye libre » a aussi construit un studio flambant neuf en banlieue de Benghazi pour la création à venir d’une deuxième chaîne FM consacrée à la récitation du Coran.

Des animateurs aux voix trop associées avec l’ancien régime ont été écartés de la radio où sont diffusés les dernières nouvelles de la révolution, entre des chansons des divas arabes Fayrouz et Latifa, mais aussi des poèmes d’auteurs jadis interdits.

Mais la radio doit encore hausser d’un cran la qualité de sa production pour espérer rivaliser avec al-Jazeera, grande chaîne arabe d’informations en continu, qui diffuse depuis le mois dernier sur bande FM à Benghazi.

« Les gens écoutent les deux stations, +Libye libre+ et +al-Jazeera+ », note poliment Abdelrahman, jeune chauffeur de taxi de Benghazi, qui préfère la chaîne qatarie.

Al-Sawt, Libya al-Hurra, Libya al-Hurriya, al-Burniq, Berenice Post… les nouveaux journaux se multiplient aussi à Benghazi depuis le début de la révolution. Et les caricaturistes s’en donnent à coeur joie, exagérant les traits du colonel Kadhafi comme si des idées accumulées, peaufinées, en secret pendant des décennies jaillissaient d’un trait de plume.

« Avant, il était impossible de critiquer Kadhafi. Il était au-dessus des lois, au-dessus de tout comme s’il était Dieu », note Fateh al-Kashmi, éditeur de la version web de l’hebdomadaire al-Burniq, translittération arabe de l’ancien nom grec de Benghazi.

Al-Burniq est né, aux premiers jours de la révolution, des cendres du journal « al-Qoreina » fondé il y a environ quatre ans par Seif al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi. Ils ont récupéré ses locaux et trouvé un mécène pour financer l’impression.

En « Libye libre », il n’y a pas véritablement de lois. Et donc rien encore pour encadrer la presse. Les titres, qui se vendent tous 20 centimes d’euros, épousent les idéaux démocratiques de la révolution et veulent aussi laisser sa place à l’expression personnelle.

« Pour la première fois de ma vie, j’ai accès à la liberté d’expression. Et je vais te dire, j’adore ça », signe une jeune Libyenne dans le Berenice Post.

viaAFP: Boom de la presse en « Libye libre ».

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